Colombie: Bras-de-fer entre le pouvoir et la communauté indienne

Après avoir obtenu des terres et des droits en vertu d’accords signés avec le pouvoir de Bogota, les indiens de Colombie ont longtemps  attendu que ceux-ci soient respectés dans la pratique mais ils sont restés lettre morte.

Aussi, pour faire entendre leur voix par le régime du président Ivan Duque, les indiens qui, pour cette «minga» – terme d’origine quechua désignant l’espace collectif où la communauté se réunit pour accomplir une action commune – auraient mobilisé entre 15.000 et 20.000 personnes, ont, pendant trois semaines, bloqué toutes les voies terrestres menant vers le sud-ouest du pays.

Rappelant que «la lutte des peuples originaires dure depuis cinq siècles» et que les terres «conservées ou récupérées» par la communauté indienne ont été «arrachées de haute lutte», Feliciano Valencia rappelle, que pour la levée des barrages, les protestataires exigent qu’ils soient entendus par le chef de l’Etat.

Et si ce dernier  avait toujours refusé de négocier sous la pression d’un mouvement qu’il juge illégal, ce vendredi 5 Avril, à la surprise de tous, un accord a été conclu dans le hameau de Mondomo, par des représentants des deux parties. Aussi, dès le lendemain, les bulldozers dépêchés par Bogota pour déblayer la route qui mène de Cali à Popayan, sont entrés en action et les contestataires ont commencé à démonter leurs abris de fortune – de simples bâches en plastique – et à ramasser leurs ustensiles de cuisine promettant, toutefois, de revenir «si le président Ivan Duque ne tient pas ses promesses».

Estimant que l’accord auquel sont arrivé les deux parties est «raisonnable et réaliste», le chef de l’Etat colombien a, tout de même, promis de réserver une enveloppe de 250 millions de dollars à l’amélioration des conditions d’existence de la communauté indienne (logements, centres de santé, infrastructures routières…) et de prendre, également, «des mesures pour réparer les dommages économiques», estimés à plusieurs millions de dollars, survenus à la suite du mouvement de contestation.

Pour rappel, le 21 mars dernier, huit indiens sont morts dans une explosion. Mais si, pour le gouvernement, cet incident est survenu à la suite d’une mauvaise manipulation des explosifs par les victimes, la partie adverse avait évoqué, quant à elle, un attentat tant et si bien que la situation avait rapidement dégénéré.

Le bras-de-fer auquel se sont prêté le gouvernement et la communauté indienne de Colombie durant près d’un mois va-t-il prendre fin de manière définitive après les accords conclus ce vendredi et le démantèlement des barrages qui bloquaient tout le sud-ouest du pays ? Attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

Related posts

Top