Fronde des maires du «groupe de Visegrad»…

Comprenant la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie, le «groupe de Visegrad», alliance régionale souverainiste en profond désaccord avec les orientations politiques de l’Union européenne, attire très souvent à lui les feux des projecteurs à l’occasion de ses multiples «dérives» en matière d’Etat de droit et de refus des valeurs «européennes».

Aussi, pour contrecarrer les visées populistes de leurs gouvernements respectifs, les maires des capitales des quatre pays précités, agissant en fervents défenseurs de la démocratie libérale, ont annoncé ce lundi 16 décembre, la naissance, à Budapest, d’une «alliance des villes libres» mise en place à l’effet de resserrer les liens avec l’Union européenne mais aussi et surtout de promouvoir «la liberté, la dignité humaine, la démocratie, l’égalité, l’Etat de droit, la justice sociale, la tolérance et la diversité culturelle».

L’initiative prise par les maires de Varsovie, Budapest, Prague et Bratislava est hautement symbolique dans la mesure où, comme l’observe Andras Biro-Nagy, analyste au groupe de réflexion Policy Solutions, elle «envoie le message, aux citoyens de ces pays comme à l’étranger, qu’il y a une alternative plus sociale». Et si Gergely Karacsony, le maire de Budapest, trouve «scandaleux que l’argent européen finance l’autocratie et les oligarques», la constitution de cette «alliance des villes libres» vise l’instauration d’un dialogue direct avec l’UE au titre de l’octroi des subventions européennes.

La décision prise ce lundi par les maires des capitales du «Groupe de Visegrad» montre, également, que bien qu’étant encore minoritaire au niveau national dans ces pays dirigés par des majorités ultra-conservatrices aux dérives anti-démocratiques, la résistance n’en est pas moins réelle au niveau local. Aussi, en marquant incontestablement des points dans les capitales précitées, l’initiative prise ce lundi met à nu le profond clivage entre les grandes villes et la campagne.

«Nous venons de différents partis politiques mais nous avons les mêmes valeurs (…) nos villes resteront ouvertes, tolérantes, progressistes et à l’avant-garde du changement» a déclaré, à cette occasion, Rafal Trzaskowski, le maire centriste de Varsovie qui, l’année dernière, a arraché haut la main la mairie de la capitale polonaise à un ultraconservateur du parti Droit et Justice (PiS) qui, depuis 2015, n’a eu de cesse de multiplier les atteintes à l’indépendance des médias et de la justice.

Il en va de même du côté de la capitale hongroise depuis que, le 13 Octobre dernier, Gergely Karacsony, président d’un petit parti de centre gauche, a réussi à enlever la mairie de Budapest au représentant du Fidesz, le parti du premier ministre nationaliste Viktor Orban, qui a perdu par la même occasion le contrôle de six autres grandes villes du pays.

Un autre signataire de cette «alliance des villes libres» est Zdenek Hrib, le maire de Prague, un personnage très critique envers le Premier ministre tchèque Andrej Babis et pour lequel  «le populisme est une réponse erronée et simpliste aux problèmes» qui se posent au pays.

Le dernier signataire de ce document est Matus Vallo, le maire de Bratislava. Issu du militantisme local, l’intéressé n’a aucune affiliation partisane.

En scellant, enfin, ce «pacte des villes libres», les maires de Varsovie, Budapest, Prague et Bratislava parviendront-ils à resserrer les liens avec l’Union Européenne et à s’ériger en tant qu’interlocuteurs en dépit du populisme de leurs gouvernements nationaux ? Attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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