Expo : Routes d’Arabie Imprimer
Une exposition se tient au Louvre, à Paris, du 14 juillet au 27 septembre 2010, sous le titre et sur le thème des Routes d’Arabie. Le titre est bien trouvé. Il s’agit en effet d’un double mouvement caravanier et marchand, suivi d’un second mouvement de pèlerinage. Suite et fin de l’article de l’édition prècédente. Ajoutons enfin que ces trésors archéologiques se trouvent dans les musées de Ryadh, de Jeddah et de La Mecque. C’est une invitation faite à tous les chercheurs d’étudier cette époque qui va de l’ère babylonienne aux premiers siècles de l’Islam. Car l’exposition du Louvre se termine par les découvertes archéologiques du temps du Prophète. Notamment, la découverte d’une ville importante pour la connaissance des premiers temps de l’Islam ; il s’agit de la ville de Rabadha dont le site et le nom étaient connus bien avant l’Islam. A l’époque islamique, elle devint une des principales étapes sur la route de commerce et de pèlerinage qui reliait La Mecque et Médine à l’Irak et à l’orient musulman.
Dès l’époque du Prophète, elle fut érigée en zone de pâturage protégé, affectée à l’élevage de chevaux nécessaires aux troupes musulmanes.
A la mort du Prophète, plusieurs de ses compagnons y résidèrent. Rabadha vit venir à elle les collecteurs de hadiths en quête de transmetteurs fiables parmi les descendants des compagnons qui y résidaient. Le Calife Harûn al-Rashid (786 – 809) s’y arrêtait avec sa suite lorsqu’il accomplissait le pèlerinage. On estime que vingt mille pèlerins, en marche vers La Mecque, s’arrêtaient chaque année dans Rabadha. Cette route prit le nom de Dar Zubeida en raison des travaux effectués par l’épouse du Calife, notamment l’aménagement d’une source pour rendre service aux pèlerins.
Cependant, au début du 10ème siècle,  les Qarmates  se soulevèrent contre la dynastie abbasside. Leurs attaques prenaient les caravanes de pèlerins pour cibles. En 930, ils envahirent La Mecque et pillèrent la Ka’aba. La fin d’al-Rabadha date des Qarmates. Ils la dévastèrent, la saccagèrent, obligeant ses habitants à fuir. Les pèlerins s’en détournèrent. La ville disparut après trois siècles de prospérité.
Les fouilles ont commencé en 1979. En 2003, les travaux archéologiques ont permis la mise à jour des habitations et des entreprises artisanales, des inscriptions et des monnaies. La mise à jour de Rabadha permet de mieux cerner la vie économique, sociale et religieuse des premiers temps de l’Islam dont, en définitive, nous savons peu de choses. Les archéologues se sont intéressés aux routes du pèlerinage. La route irakienne partait de Kûfa ; elle prit le nom de Dar Zubeida.
La route syrienne partait de Damas ; elle fut ouverte pas Abû Bakr, le premier Calife. Elle connut de nombreuses constructions de gîtes d’étapes, avec puits et mosquées. On l’appelle aussi la route de Tabûk. Le fondateur de la dynastie omeyade prit cette route trois fois pour aller en pèlerinage à La Mecque. L’arrivée des croisés causa des perturbations sur cette route : ils pillaient les pèlerins. Ceux-ci cessèrent de la prendre et prirent la route d’Irak. La route redevint sûre en 1188, lors du refoulement des croisés par Saladin qui dégagea définitivement cette route. Cette route passait par le site de l’ancienne Hégra. On y trouvait un puits. Plus tard, elle fut aménagée par le Calife ottoman Soliman le Magnifique.
Les trois routes de pèlerinage yéménite : la première était une route côtière qui va d’Aden à La Mecque. Ensuite, les routes maritimes : au départ des routes de Hudayda et d’Aden, elles vont à destination de Jeddah. La route terrestre interne reliait Sana’a à la Mecque. Enfin, la route égyptienne, qui nous intéresse particulièrement parce qu’elle était suivie par les pèlerins marocains : elle était prise par les pèlerins d’Egypte et ceux qui les rejoignaient du Maghreb, d’al-Andalus et d’Afrique jusqu’à Ayla (Aqaba) et allait jusqu’à Madian ; ensuite, on pouvait rejoindre la route de Damas ou longer les côtes de la mer Rouge, par les étapes, entre autres, de Yanbû, Badr, Médine pour arriver à La Mecque. Cette route fut abandonnée au cours de la deuxième moitié du XII° siècle, du fait de la présence des croisés à Ayla. La sécurité y fut rétablie en 1269. Entre temps, lui succéda une route maritime qui allait du port d’Aydhab à Jeddah. Après 1269, les pèlerins reprirent la route terrestre. Comme pour les autres routes, les travaux archéologiques effectués conduisent à la découverte des gîtes d’étape sur ces routes, de leur architecture, de leurs puits et citernes et de leurs mosquées. Les travaux effectués sont d’un grand intérêt pour la compréhension de ces époques. Parmi les vestiges repérés par les archéologues sur la route entre Badr et La Mecque, signalons une fontaine, située à deux kilomètres au sud du croisement d’al-Rays, entre Médine et La Mecque, construite par Lalla Khanâtha, fille du Sultan du Maroc Sidi Muhammad III ibn Abdallah dans la seconde moitié du 18ème  siècle. Cette princesse devait avoir une grande énergie pour entreprendre un tel pèlerinage et disposer d’une grande autorité pour marquer de son empreinte la route qui menait à La Mecque.
Ainsi l’exposition du Louvre, d’une extraordinaire richesse et diversité est une première : ces pièces n’ont jamais été montrées. Elle illustre l’émergence d’une génération d’archéologues saoudiens d’une grande qualité. Les autorités consacrent des budgets conséquents aux fouilles entreprises pour restituer aux Musulmans l’ensemble du passé du berceau de l’Islam ; car du fait du pèlerinage, jamais interrompu depuis 1431ans, le passé antéislamique et islamique intéresse un milliard deux cents millions de Musulmans.