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Le Maroc des régions : Beni mellal–Tadla–Azilal : Carrefour de distribution routière entre le Nord et le Sud PDF Imprimer Envoyer
Actualités

Les mots « Tadla » et « Azilal » signifient, respectivement, Gerbe et Seuil, dans la langue amazighe. En effet, la région de Tadla est une plaine agricole par excellence et celle d’Azilal constitue le seuil d’entrée dans la haute montagne. Sa position à cheval sur la plaine de Tadla, le Moyen Atlas occidental et le Haut Atlas central lui confère un rôle socio-économique remarquable.
Située au cœur du Royaume, cette région constitue un carrefour de distribution routière entre le Nord et le Sud et son contrôle de la route reliant les deux villes impériales Fès et Marrakech. Le Tadla a constamment fait l’objet d’un intérêt particulier de la part de toutes les dynasties du Maroc.
Chacune d’elles tenait à renforcer son pouvoir sur cette région en y nommant des représentants de haut rang et d’une grande influence.  Le système urbain de la région a évolué en fonction des grands changements politiques qu’a connus le pays. C’est dans ce contexte que la ville de Tadla est devenue la métropole de la province. Ses anciens habitants étaient des Amazighes : les Zénètes, agriculteurs dans les plaines, et les Haskura-Snaga, pasteurs dans les montagnes. Le premier contact de Tadla avec les Arabes a eu lieu lors du passage d’Oqba Ibn Nafaa en 670 et Lorsque Idris Ier conquit le Tadla en 789, il n’y trouva qu’un petit nombre de musulmans ; la majorité de la population était encore composée de juifs ou de chrétiens. La grande émigration arabe n’eut lieu qu’à la fin du XIIème, lorsque les Almohades eurent décidé de déplacer vers le Maroc les bédouins arabes de Banu Hilal et de Banu Sulaym qui avaient pris pied en Tunisie. Les Arabes se répandirent alors dans le pays. Pour Ibn Khaldoun : «  Les immigrés arabes Djusham et Ryah ont habité les plaines, le Maroc fut (ainsi) submergé par des peuplades innombrables ». Les Saadiens à leur tour, introduisirent au Tadla des Arabes Ma’kil, originaires du Yémen. Cette population hétérogène se ramifia avec le temps, ses branches se sont interpénétrées dans un métissage arabo-amazigh, donnant naissance à une communauté composite vivant dans la concorde et la solidarité.
En 1680, le sultan Moulay Ismaïl  a construit une première base de Dir (piémont) à Tadla. Depuis, le Tadla fait figure de province stable, administrée directement par le Makhzen et s’acquittant régulièrement de l’impôt. Il n’en allait pas de même des populations de la haute montagne, où le Makhzen était parfois obligé de faire percevoir les impôts par des expéditions à partir du Tadla. C’est au cours d’une tournée d’inspection que Moulay Hassan Ier mourut au Tadla à Dar Ould Zidouh en 1894.
La Kasbah ismaïlienne de la ville de Tadla est l’un des exemples les plus éminents de l’architecture militaire alaouite fondée 1688. Cette citadelle occupait un point stratégique favorisant le contrôle de l’itinéraire commercial reliant Fès et Marrakech et permettait l’instauration de la sécurité au pays de Tadla. C’est une fortification garnie de vingt tours de forme rectangulaire ou carrée en plus d’un bastion d’eau formant l’élément architectural défensif de la Casbah, deux mosquées, des enclos, des écuries, des silos... Protégée par sa « garde noire », la forteresse prend place sur la rive droite de l’oued (rivière) Oum er Rbia. La citadelle de la Kasbah de Tadla demeure, aujourd’hui, l’une des plus imposantes forteresses du Maroc. Elle est constituée de deux enceintes et abrite à la fois le palais du gouverneur général-appelé autrefois Dar el Makhzen - ainsi que deux mosquées et des silos. L’une des mosquées se caractérise par un style almohade - que l’on distingue par la présence d’un losange sur le minaret - tandis que l’autre, comportant des bouts de bois qui sortent du minaret comme la mosquée de Djenné au Mali - est construite dans l’esprit sahélien.

Le géoparc de M’Goun à Azilal

Un géoparc sera prochainement créé dans la région d’Azilal où le squelette d’un dinosaure long de 15 mètres et vieux de 150 millions d’années a été découvert, il y a 24 ans, constituant ainsi une première en Afrique et dans le monde arabe

L’idée de lancement d’un tel projet dans cette région, qui offre un patrimoine géologique parmi les plus riches du monde, a été inspirée des géoparcs européens et confortée par le souhait de la population de voir se réaliser un site d’une telle envergure.
L’histoire de cette région remonte à des millions d’années durant lesquelles s’est constituée une ceinture géologique privilégiée. Elle se distingue par la présence de célèbres et spectaculaires traces de pas de dinosaures sauropodes (l’espèce la plus imposante de dinosaures herbivores ayant vécu sur terre il y a près de 200 millions d’années) et de théropodes (une espèce carnivore qui se tenait sur ses pattes arrières et qui était de la famille de dinosaures la plus répandue il y a 185 millions d’années) se trouvant sur le site préhistorique d’Iouaridène à 10 km de Demnate.
Ces traces sont éparpillées en pistes solitaires ou en troupeaux, « constituant de ce fait l’un des gisements les plus caractérisés du monde », explique Philippe Taquet, un célèbre paléontologue français qui a authentifié les ossements fossilisés trouvés sur ce site.
Prés de Ouaowzaght (à mi-chemin entre Béni-Mellal et Azilal), un squelette presque complet d’un sauropode dénommé Atlasaurus imlajei (jurassique moyen, 154 à 164 millions d’années, herbivore d’une taille de18 mètres de long et 10 mètres de haut, et un poids de 22,5 tonnes environ) a été découvert. Ce squelette est exposé au Musée des sciences de la Terre qui se trouve au ministère de l’Energie et des Mines.
Non loin de ce site, à 3 km, la nature a tenu à marquer sa force et sa splendeur. Le pont naturel d’Imnrifi, où l’oued M’haceur a creusé des entailles dans la roche formant ainsi une magnifique arche de 30 mètres de hauteur.
La mémoire humaine est très présente dans la région. Le site de Tirghiyst en est la preuve. Il est de loin le plus connu des sites de gravures rupestres du Jbel-Rat. Ces gravures se caractérisent par leurs nombreux disques-boucliers, pointes de javelots et petits cavaliers libyco-berbères (entre 3.000 à 4.000 ans), parfois armés. L’ensemble des cavaliers peut représenter le déroulement d’une bataille. Une scène montre une chasse à la panthère. La vivacité de ces images, qui évoquent une page glorieuse du passé amazigh, est tout à fait impressionnante.

 

Demnate : une des portes du Haut Atlas

À 46 km d’Azilal sur la route de Marrakech, Demnate est l’une des portes du Haut Atlas. Le nom « Demnate » signifie « terre fertiles ». Entourée par d’intéressants remparts, la ville de  fut construite environ en 998. C’était un lieu de commerce réunissant les agriculteurs et les habitants de la région afin d’échanger leurs marchandises.  Sa kasbah date du temps du Glaoui. La région est célèbre par  le pont d’Imi-n-Ifri, classé site d’intérêt biologique et écologique (SIBE). C’est une  arche naturelle d’imposantes dimensions, lancée au-dessus d’un oued. Il s’agit t en fait d’un bloc rocheux qui naguère formait verrou et que la rivière a entaillé de part en part. Non loin de ce pont naturel se trouve le site préhistorique d’Iroutane. Il est constitué d’un ensemble de dalles horizontales réparties sur 2 hectares environ, présentant des empreintes de dinosaures fossilisées. C’est un site qui témoigne de la présence en ces lieux, il y a 65 millions d’années, de ces énormes animaux mystérieusement disparus.

Il était une fois la ville à Demnate
(6 et 7 Octobre 1883) 
 
« …Séjour à Demnat. Cette ville est le siège d’un qaid qui gouverne la province de Demnat ; celle-ci a pour limites : au nord, les Sraghna ; à l’est les Ntifas et les Ayt Boualli ; au sud, les pentes supérieures du grand Atlas ; à l’ouest, les Glawa et les Zemran.
Demnat est entourée d’une enceinte rectangulaire de murailles crénelés, garnies d’une banquette et flanquées de tours ; le tout est en bon état, sans brèches ni portions délabrées. Trois portes donnent entrée dans la ville. La Qasba a son enceinte à part et est bordée de fossés, ceux-ci, les seuls que j’ai vu au Maroc, ont 7 à 8 mètres de large sur 4 ou 5metres de profondeur et sont en partie remplis d’eau. Au milieu de ce réduit, s’élèvent la mosquée principale et la maison du qaid. Muraille, Qasba, mosquée, maison, toutes les constructions de la ville sont en pisé ; rien n’est blanchi, sauf la demeure du qaid et le minaret qui l’avoisine. Le reste est de la couleur brun sombre qui distingue les habitations depuis Boul jaad. L’intérieur de l’enceinte est aux deux tiers couvert de maisons, en bon état, quoique mal bâties. Le dernier tiers est occupé partie par des cultures, partie par la place du marché : point de terrains vagues, point de ruines ; en somme, air prospère. La population est d’environ 3000 âmes, dont 1000 israélites ; ceux-ci n’ont pas de Mellah ; ils habitent pèle mêle avec les musulmans qui les traitent avec une exceptionnelle bonté. Demnat est Sefrou sont les deux endroits du Maroc ou les juifs sont le plus heureux. Il y a d’autres rapprochements   à faire entre ces deux villes, dont les points de ressemblances frappent l’esprit : même situation au pied de l’Atlas, à la porte du Sahara, population égale, et composée d’une manière semblable ; prospérité presque pareil ; même genre de trafic ; même caractère doux et poli des habitants ; même ceinture d’immense et superbes jardins. En un mot, ce que Sefrou est à Fas, Demnat l’est à Marrakech. Le commerce de Demnat est le suivant : Les tribus de l’Atlas et du sahara (Dades,Todra) viennent s’y approvisionner de produits européens et d’objets fabriqués dans les villes marocaines, tels que cotonnades, sucre, thé, parfumerie, bijouterie, beleras ; elles y cherchent aussi des grains, mais en petite quantité : en échange, elles apportent des peaux, des laines et des dattes, que les habitants de Demnat expédient à Marrakech.           
Demnate est entourée de toutes parts d’admirables verges, les plus vastes du Maroc. Au milieu d’eux sont disséminés une foule de villages se touchant presque, qui forment comme des faubourgs de la ville. Ces jardins sont renommés au loin ; leur fertilité, leur étendue, la saveur et l’abondance de leurs fruits, les excellents raisins qui s’y récoltent sont légendaires. Presque contigus aux vergers de Demnate, s’en trouvent d’autres très célèbres, que nous avons traversés en venant : ceux d’Ait OuAoudanous ... ».

Extrait du livre : « Reconnaissance au Maroc « (1883-1884), VICOMTE CHARLES DE FOUCAULD,  pages 77 et78 ; Source : www.anaruz.tk

 

Les sites archéologiques

 

La région de Tadla-Azilal compte des sites d’un grand intérêt géologique et spéléologique.
le site d’Iouaridene : se situe à 11 kilomètres de la ville de Demnate et est mondialement connu pour ses empreintes fossiles de dinosaures.
Le site préhistorique d’Iroutane : se trouve à 7 km environ d’Imi-n-Ifri. Il est constitué d’un ensemble de dalles horizontales réparties sur 2 hectares environ, présentant des empreintes de dinosaures fossilisées. Ce site témoigne de la présence en ces lieux, il y a 65 millions d’années, de ces énormes animaux mystérieusement disparus.
La grotte d’Ifri-n-Caïd à Bernat (environ 25 km d’Azilal) : On rejoint le site à partir d’Aït M’hamed. La grotte se trouve sur la rive gauche de l’oued Bernat, près de la « maison du Caïd ». Il y a une grande galerie sur les 200 premiers mètres, avec la présence de chauve-souris. L’environnement de la grotte est magnifique : les falaises, la vallée verdoyante de l’oued Bernat et la superbe « maison du Caïd » chargée d’histoire, au portail monumental et aux plafonds de bois sculpté.
Tizi N’Tirguist et les gravures rupestres : A 10 km environ de l’oued d’Abachkou, dans le jebel Ghat, le site témoigne du séjour en ces lieux d’hommes préhistoriques, originaires du Sahara alors en voie de désertification. Très nombreuses représentations d’armes, de combats, de scènes de chasse... Un site magnifique, un émouvant mémorial des temps anciens.
La grotte de l’hyène (Ifri n Majghoul) à Elksiba : Ifri N’Mjghoul, ou grotte de l’hyène, est située à 12 kms au sud-ouest d’El Ksiba, à 780 m d’altitude. Ifri comprend deux grandes galeries. La présence d’ossements, de morceaux de poteries et l’abondance d’éclats de silex attestent d’une occupation humaine au fil des siècles. Les greniers d’Aoujgal sont situés à une distance de 5 kms de Boutferda. Ce sont une propriété collective des Ait Abdi ; l’une des tribus des Ait Soukhmane. Ces greniers étaient des cachettes pour la nourriture, le blé et même les trésors au sud-ouest d’Aghbala. On peut aussi voir les grottes d’El Ksiba. C’est un groupement de cavités situées entre Ghorm El Allam. Profondes d’une vingtaine de mètres, ces cavités servaient, autrefois, d’étables, de granges, de greniers et même d’habitats pour la population.

 

El Ksiba : Perle de l’Atlas
La ville d’El Ksiba était qualifiée par ses habitants et par tous les visiteurs de « Perle de l’Atlas » ou encore de la « Suisse marocaine » grâce à ses espaces verts, ses multiples sources naturelles, ses seguias pleines d’eau douce, ses rues goudronnées et ses habitations blanches et harmonieuses.
Cette cité magnifique pleine d’histoire et ce bastion marqué d’épopées glorieuses était l’un des points chauds au cours de la colonisation française. La plus grande tribu de la région s’appelle Ait Ouirra, dont le leader pendant l’époque du colonialisme français était le caid Moha OuSaid Ouassou. C’est le père de la ville d’El Ksiba. Tous les habitants d’El Ksiba se souviennent bien de son courage de résistant et de son discours anticolonialiste.  El Ksiba est ainsi très connue par son histoire riche de résistance au niveau national et international. Elle représentait la dernière ville marocaine à être occupée par les forces françaises, vu les difficultés de ses reliefs constitués essentiellement de géants montagnes. Au niveau international, un grand nombre des hommes de la région ont participé successivement à la guerre de « République populaire de Chine » hine et la guerre de libération. Au centre de la ville, la France avait des bases militaires.
La ville a été aussi marquée par la visite du général Juin en 1950. Le protectorat français à trouvé cette ville très stratégique vu sa situation géographique au centre du Maroc. Les forces françaises ont installé à l’époque plusieurs tours de surveillance dans les montagnes d’El Ksiba, une zone de contrôle pour assurer le passage de la main d’œuvre et de la matière première du Sud du Maroc et des pays sub-sahariens vers la France.  Lorsqu’on parle d’El Ksiba sous l’occupation française , on évoque surtout la bravoure, la dignité et la noblesse des Ait Ouirra et de Moha ou Saïd N‘Aït Ouyerra. Ce nom est gravé à jamais dans la mémoire des Marocains. Le patriotisme de Moha ou Saïd était bien antérieur à 1912. En effet, il n’avait de cesse d’exprimer son adhésion et de donner son soutien au mouvement dirigé par Maâ El Aïnin contre les visées européennes sur le Maroc. Aussi les Français, convaincus du danger que ce grand chef amazighe représentait, étaient-ils résolus à le combattre sans merci et à soutenir contre lui les chefs d’autres tribus soumises.



 

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