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Le Maroc des régions : Les Doukkala : El Jadida, l’ancienne Mazagan PDF Imprimer Envoyer
Actualités

La ville d’El Jadida a endossé plusieurs noms au fil de son histoire : les Romains lui donnèrent le nom de « Rusibis » ; les Portugais « Mazagan » et les Français « Deauville ». C’est qui a été le premier à parler d’El Jadida vers 650 avant J.-C pendant son  long voyage le long de la côte ouest

du continent africain. Dans son journal de voyage, il parle de sa visite du Cap Soleis qui est probablement Cap Mazagan  constitué par  les plateaux  en face de  la   ville d’Azemmour. Ensuite, il parle de son exploration  d’Oum Er Rbia  (le fleuve) et des lacs qui caractérise sa vallée. Après  cette visite, Hannon décrit  sa  rencontre  avec des tribus  locales.
L’Amiral  Hannon poursuivit son périple en visitant  les villes de Karikon Teichos, Gytte, Akra, Mellita et Arambys selon des   traductions grecques. Ces villes correspondent probablement à Azemmour, El Jadida, Cap Beddouza, Oualidia et Mogador.Plusieurs siècles plus tard, Ptolémée, l’astronome, mathématicien et géographe du deuxième siècle après J.-C., décrit la côte ouest africaine en évoquant le port de Rusibis. C’est probablement le nom que les romains ont  donné  à  la  localité   qui existait à  l’emplacement de la ville d’El Jadida actuelle.  Ce nom signifierait le chemin des fermes ou de la campagne.
En raison de son emplacement stratégique sur la côte ouest du Maroc, les Portugais occupèrent la région. A partir de 1506, le Roi Emmanuel du Portugal y édifia une forteresse à quatre tours qui portaient le nom d’El Brija. Elle devint ensuite « Castillo Real » avec la construction du premier fort et prit enfin le nom de « Mazagao » ou « Mazagan » avec la construction de la citadelle portugaise. Conçue sous forme d’une étoile à quatre branches, celle ci est particulièrement remarquable avec sa muraille d’une hauteur de 14m et d’une largeur de 11m. Elle comporte cinq prestigieux bastions, trois donnent sur la mer et deux sur la terre, d’une citerne, édifiée en réservoir souterrain, qui constitue un chef d’œuvre de l’architecture gotique-manuéline, ainsi que plusieurs édifices militaires et civils. Son accès se fait par trois grandes portes : la porte du Sokko, porte principale qui s’ouvre sur le bastion du gouverneur, la porte de mer, qui relie la forteresse à la mer et la porte des bœufs, qui servait à l’époque à la sortie du bétail. Du XVI au XVIIIème siècle, La cité portugaise abritait une population en majorité portugaise, des catholiques pour la plupart,  exerçant leur culte dans les églises de la citadelle. Cette nouvelle ville devint très vite un port commercial de première importance grâce aux produits agricoles de la région de Doukkala. Les Portugais, chassés d’Azemmour et d’Agadir, affluèrent dans la ville qui fut fortifiée dès 1542. Durant deux siècles, Mazagan résista aux différents assauts. Les Portugais ont même dû transformer le grenier en citerne pour stocker l’eau potable afin de tenir longtemps face aux attaques marocaines. Après un long siège, Sidi Mohammed Ben Abdallah s’empara de la cité en 1769.Un pan de la citadelle fut démoli et ses occupants trouvèrent refuge au Brésil suite à un ordre du Roi portugais José Ier. La cité resta déserte plus de 45 années et prit la dénomination de la cité démolie « Al Mahdouma ». Ce n’est qu’entre 1815 et 1821, sous les règnes des sultans Moulay Abderrahmane et Moulay Slimane, que la construction de la citadelle fut ordonnée. El Jadida (la cité nouvelle), fut ressuscitée. La médina avait abrité une importante communauté juive, elle fut transformée en Mellah. C’est en 1912, sous le protectorat, que la ville reprit le nom de Mazagan. Elle déborda vite les anciennes limites de la cité portugaise. Une ville nouvelle fut organisée autour de l’enceinte. Les Français ont été séduits par cette belle ville. Elle devint ainsi un centre balnéaire du fait de son climat doux et de ses immenses plages. Le Gouverneur général Lyautey l’appelait la « Deauville du Maroc». Après l’Indépendance, en 1956, Mazagan redevient El Jadida. Le 30 juin 2004, lors de la 28ème session du comité de l’UNESCO, tenue à Suzhou en Chine, la Cité portugaise de Mazagan (El Jadida) a été consacrée patrimoine mondial. Ce site vient de s’ajouter aux six autres inscrits par le Royaume du Maroc sur la liste du patrimoine mondial.
Origines

La région « Doukkala » occupait autrefois un territoire plus étendu que les doukkala actuels. Ce territoire allait presque jusqu’à les « Abda », les « Ahmar », les « Rehamna » et les « Seragharna », peut être même une partie des «Chiadma» et des «Haha» actuel.
Originellement peuplée par des Amazighes, Doukkala va être progressivement habitée par des tribus arabes que les Sultans marocains (surtout sous les Almohades et les Saadiens) avaient installées sur les axes de commerce et les routes du Sultan, ainsi qu’autour des grandes villes Marrakech, Fès, Oujda, Rabat...
Des tribus arabes hilaliennes  y ont été établies au 12ème siècle par le Sultan Yacoub Al Mansour. Mais il a y eu toujours au sein de ces populations des déplacements causés par leurs luttes internes et par des invasions étrangères. Selon Ahmed ben Mohamed el-khayyat ed-doukkali el-mouchtaraie dans Salsalat ed-dahab el-manqoud(13ème siècle), ces tribus amazighes étaient au nombre de six : les Regraga ; les Béni Dghoug ; les Béni Maguer, les Mouchtaraia ; les Hazmir et les Cenhadja : cinq d’entre elles appartenaient aux Massmouda et une aux Senhaja. La plupart de ces noms ont d’ailleurs disparu.
La majorité des villes du grand Doukkala furent fondées bien avant l’avènement de l’Islam. En revanche, l’époque islamique et surtout les empires marocains des Almoravides aux Alaouites vont gratifier cette région par des fondations de grande valeur historique et architecturale. En témoigne, les villes d’Azemmour, Safi et Tnine Al-Gharbia, les Kasbah de Boulaouane et Oualidia, les Ribats de Tit (Moulay Abdallah), d’Agouz (Souira Leqdima ou Souiria) et d’Al Moujahidine. Quant à la préhistoire, Doukkala a de quoi s’enorgueillir avec les sites de Jbel Ighoud (Province de Safi) et les Grottes d’Al-Khenzira (Province d’Al-Jadida) qui ont tant apporté à notre connaissance de la préhistoire marocaine, tant en échantillon humain qu’en outillage lithique.
Si Doukkala est riche en patrimoine préhistorique et islamique, les Portugais ont beaucoup marqué sa carte patrimoniale. Ayant signé des accords de suzeraineté avec les notables d’Azemmour et Safi respectivement en 1486 et 1488, le Portugal occupe Mazagan en 1502, Agouz en 1506-1507, Safi en 1508 et Azemmour en 1513. Durant cette période d’occupation, les Portugais avaient construit de toute pièce le Castelo do Mar à Safi et la forteresse de Mazagan. Dans les médinas d’Azemmour et de Safi, ils ont réadaptés l’existant à leur besoin, comme ce fut le cas à Ceuta, Tanger, Asilah et Ksar Seghir.
Mazagan était chérie par les Portugais au même titre que Lisbonne à tel point qu’ils ont du fonder au Brésil sur l’Amazone Vila Nova de Mazagão. Son libérateur, pionnier des batteries et de la marine marocaine, est le Sultan Alaouite Sidi Mohamed ben Abdallah (1757-1790), petit-fils du Sultan Moulay Ismail (1672-1727).

Doukkala est un témoin tangible de la compréhension entre les grandes nations et de la cohabitation entre les gens de confessions différentes. Si les Chrétiens ont pratiqué leur culte sur cette terre en tant qu’envahisseurs, les Juifs et les Musulmans, tous des Marocains, ont vécu dans un climat sain d’amitié et de respect mutuel.
Les habitants de Doukkala sont aujourd’hui fiers du patrimoine luso-marocain sur leurs terres, au même titre que les Portugais eux-mêmes.

 

 

Azemmour, à la croisée des civilisations

D’après  Ibn Al Khatib (au milieu du XIVème siècle), Azmmour « est la fiancée du printemps et de l’automne. Ses phares et ses créneaux, tels des astres brillants, observent sa vallée». Azemmour, dont le nom amazighe signifie « rameau d’olivier », surplombe en effet  le fleuve d’Oum Errebia, autrefois navigable et dont la pêche des aloses est restée répandue jusqu’à il y a moins de 30 ans. Aux environs du VIIIème siècle, Azemmour était  gouvernée par d’illustres chevaliers arabes.
Elle a aussi accueilli Oukba Ibnou Nafia et de Moussa Ibnou Noussair, les deux doyens de la conquête islamique. Oukba y aurait même construit une mosquée. Le futur grand Calife Omar ben Abdelaziz aurait peut-être effectué une mission à Azemmour, envoyé par Moussa Ibnou Noussair. Azemmour a pris de l’ampleur sous les Idrissides, les Almoravides, les Almohades, les Mérinides, les Saaliennes et les Alaouites. Les monuments actuels de la médina d’Azemmour portent la marque de toutes ses dynasties, marque mêlée aux témoins tangibles de l’architecture portugaise et par-là de l’architecture européenne de la Renaissance.
A l’arrivée des Portugais, vers la fin du XVème siècle, Azemmour fut d’une très grande importance que les récits de l’époque décrivaient comme ville fortifiée et comptant plusieurs dizaines de mosquées. Avant 1513, les Portugais fréquentaient Azemmour où ils pêchaient ou achetaient les aloses.  Après le départ des Portugais, Azemmour a connu un développement urbain surtout dans la partie orientale de la cité qui en constitue la plus grande superficie. C’est l’actuelle médina qui fait face à la Kasbah, qui fut le réduit portugais et devint plus tard le mellah des juifs ; toutes les deux parties sont inclues dans les remparts islamiques d’avant l’époque portugaise.
Les remparts, déjà fortifiés de plusieurs tours avant l’occupation portugaise, englobaient des services publics, des maisons et des mosquées. L’immensité de la ville n’arrangeait pas tellement les conquérants. Le Roi de Lisbonne décida d’y aménager un réduit maîtrisable et défendable. On y construit ainsi dans la partie Ouest une muraille reliant les remparts Nord et Sud pour constituer une petite cité, où devait vivre la garnison en laissant le reste de la médina aux juifs et aux « Marocains de paix » (mouros do pax) ainsi que pour servir de champs de culture. Les habitants portugais n’ont pas tout à fait répondu à la décision royale et plusieurs d’entre eux ont continué de vivre dans la médina jusqu’à l’évacuation de la place en 1541. Pour entrer dans le réduit portugais, il fallait d’abord passer par la porte ,baptisée  actuellement bab Sidi el-Mokhfi, ouverte dans la partie hors du réduit, avant d’atteindre la porte principale aménagée au milieu du mur de ce même réduit.
Cette porte portugaise à l’intérieur de la cité, qui se fermait par une herse, s’impose par ses deux arcs moulurés en pierre, surmontés par des motifs décoratifs en pierre et par des fenêtres. Les remparts de la ville, y comprit le réduit portugais, qui gardent leur facture islamique et qui possèdent un chemin de ronde qui en faisait le tour, n’ont pas la largeur habituelle des murailles des fortifications portugaises. Le chemin de ronde présente une caractéristique portugaise qu’est l’absence du parapet intérieur.
Ce petit mur qui devrait, à l’époque islamique, mettre les habitations à l’abri des regards indiscrets, a été démoli sous domination portugaise. Si à Mazagan les Marocains ont reconstruit ce parapet interne à la reprise de la place, il n’en fut pas le cas à Azemmour.
Les façades des bâtiments et monuments, le dédale des rues et ruelles de la médina, ajoutés à l’allure de la muraille, nous mettent devant une synthèse bien réussie de l’architecture amazighe, islamique, européenne, civile et militaire qui illustre bien l’histoire universelle de cette ville qui a connu la cohabitation des trois religions révélées.
Le grand fleuve d’Oum errbia, creusé par la nature, a eu un grand effet sur l’installation humaine depuis l’apparition de l’Homme. En effet, L’Homme préhistorique a laissé des traces dans la région, particulièrement dans les grottes d’el-Khenzira à Moulay Abdallah (ancien Ribat Tit) à 25km au Sud d’Azemmour. Les Hommes d’el-Khenzira et leurs prédécesseurs ont sûrement connu et exploité les richesses de l’Oum errbia.
Azemmour est, par ailleurs, une ville mystique. Le mouvement maraboutique y est très populaire. Du temps des Almoravides et des Almohades, un homme a marqué cette époque . Il s’agit de Moulay Bouchaïb Erredad, dont le sanctuaire reçoit actuellement la visite de plusieurs milliers de visiteurs venant de toutes les villes du Royaume. Il en est de même pour le sanctuaire de Lalla Aïcha Bahria se trouvant près de l’embouchure de l’Oued Oum errbia.



 

 

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