Abdelmajid Belghazal, professeur universitaire et spécialiste de la question du Sahara estime que depuis que Christopher Ross a pris le dossier en main, il s’est avéré que ce dernier n’a ménagé aucun effort pour ressusciter le plan Baker. Et de souligner que les principales questions qui sont traitées lors des négociations
informelles, en l’occurrence les droits de l’Homme et la gestion des richesses locales répondent favorablement aux thèses du Polisario. Pour Belghazal, le Maroc ne doit compter que sur lui-même, en procédant à une véritable démocratie et en créant une nouvelle donne sur le terrain tout en accélérant le processus de la régionalisation pour une autogestion de la population locale.
Al Bayane : Comment qualifiez-vous la décision de l´Etat marocain de retirer sa confiance à l’émissaire de l’ONU pour le Sahara ? Abdelmajid Belghazal : La décision de l’Etat marocain de retirer sa confiance à Christopher Ross, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU, n’a rien d`étonnant. Plutôt cette décision était prévue depuis longtemps. Depuis qu’il a pris le dossier en main, il s’est avéré que ce dernier n’a ménagé aucun effort pour ressusciter le plan Baker. Pour
Ne pensez-vous pas que Christopher Ross a donné une nouvelle dynamique au processus de négociation entre les deux parties ? -C’est tout –à-fait le contraire. D’abord, il faut souligner que la lettre de mission de l’envoyé spécial lui demande de tenir compte des progrès réalisés auparavant et les résolutions précédentes. Cela veut dire que son action devrait s’inscrire dans une démarche de continuité. Ce qui n’est pas le cas. Au contraire, durant 9 rounds de négociations informelles, pas le moindre le moindre progrès. Sachant aussi que ces négociations ne sont contraignantes pour aucune partie. Elles reflètent parfaitement l’adage arabe « on ne sera d’accord sur rien que si on est d’accord sur tous ». Soulignons aussi que ces négociations ont été noyées par les détails et, ne vont pas droit au but. D’autant plus, les principales questions qui y sont traitées, en l’occurrence les droits de l’Homme et la gestion des richesses locales répondent favorablement aux thèses du Polisario. D’ailleurs, ce dernier a axé tout son propaganda et sa guerre médiatique lancée contre le Maroc sur ces deux points. Bref, l’objectif de Christopher est d’imposer indirectement au Maroc le plan Baker.
Est-ce que de telles visées se sont répercutées sur l’élaboration des rapports du secrétaire général de l’ONU ? - Oui ! A lire attentivement le rapport de 2009, on découvre qu’il pose les jalons d’une manière “scientifique” et systématique de la méthodologie de Baker, en visant à élargir les compétences du Minurso aux questions des droits de l’Homme. Idem pour le rapport de 2012. Il faut reconnaitre que Ross n’a rien apporté de nouveau. Aussi, il n’a même pas pu trouver des points d’ententes entre le Maroc et le Polisario. Et encore, en pleines négociations à Manhasset, l’autre partie a continué à nous chanter le même refrain….
Pouvez-vous nous expliquer comment Ross a voulu imposer la vision de Baker via ses rapports ? A titre d’exemple, au paragraphe G du rapport d’avril 2009, où il précise que les Nations –unies « ne disposent pas sur le terrain de personnel expressément chargé de veiller au respect des droits de l’homme dans le territoire ou dans les camps de réfugiés situés près de Tindouf. Il fait aussi allusion aux violations des droits de l’Homme dans les provinces du Sud. Cela veut dire quoi ? Il était en train de baliser le terrain pour réaliser ses intentions. S’agissant du rapport 2012, il a demandé officiellement d’introduire une recommandation dans le texte onusien pour étendre la mission de la Minurso. Si ce n’est la menace de la France de recourir au véto, si on ne retirait pas cette recommandation Certes on a abrogé la recommandation, mais toute la structure du rapport demeure fidèle aux intentions de Ross. Autrement dit, on a modifié le texte, mais pas l’esprit du texte. Deuxième élément non moins important : en lisant le texte en filigrane, Christoper Ross a bien l’intention de décrédibiliser l’action de la Minurso, laissant entendre que la mission de cette dernière s’effrite et ne joue plus son rôle. Je fais allusion au paragraphe 92 du rapport, «… Ces divergences d’interprétation ont conduit à une vision de la Mission qui, au fil du temps, a érodé son autorité, affaibli ses fonctions et entraîné des déviations par rapport à la pratique établie pour ce genre d’opérations». Idem pour le paragraphe 94, où il évoque le manque d’autorité de la part de la MINURSO pour prévenir ou réprimer les violations de l’accord militaire n°1, indiquant précisément qu’ « aucune des partie ne respecte pleinement l’accord ». C’est comme s’il veut dire que l’accord de cessez le feu n’a plus de sens. Cependant, on doit préciser que là où la Minurso a bien réussi sa mission, c’est justement en ce qui concerne le respect du cessez le feu depuis 1991. Quant aux droits de l’Homme, Cristopher Ross a parlé de touts les cas, sauf ceux de Mustapha Salma ou du chanteur Allal Najem qui a fait l’objet de plusieurs menaces et violences dans les camps de Tindouf.
Et au-delà du rapport, y’a-t-il des indicateurs qui démontrent que Christopher Ross avait d’autres visées ? Certainement, Christopher Ross était en train de chercher d’autres pistes ou trouver d’autres acteurs… Le fait de décider de se rendre dans le Sud pour une longue durée et plus précisément le mois de mai n’est pas fortuit. On sait très bien la teneur symbolique de ce mois chez les séparatistes… En plus, Ross a indiqué qu’il va rencontrer des gens de la population locale… Sur quels critères va-t-il se baser pour rencontrer ces gens, comment peut-on qualifier quelqu’un de crédible ou non. Et ce que cela ne témoigne-t-il pas que Ross avait des liens avec certains milieux du Polisario.
Vous ne trouvez-pas que l’ONU effectue un travail formidable pour renforcer les liens entre les deux parties, notamment à travers le renforcement des mécanismes de confiance? Au niveau des mécanismes de confiance, il s’emblerait qu’on a procédé par une méthodologie bizarre et saugrenue quant au choix des thèmes. En fait, les parties sont convenues d’aider le HCR à organiser deux séminaires culturels inter-sahraouis consacrés respectivement au rôle des femmes et à la signification de la tente (al-khaima) dans la culture hassaniya Anthropologiquement parlant et suite aux événements de Gdeim Izik, la tente a un autre sens dans l’imaginaire de la population locale. Maintenant, elle est plus liée à la rébellion. Je vous affirme que certains séparatistes transmettent même des émissions de Laâyoune à Tindouf, sous des tentes dressées sur des terrasses des maisons. Quant au choix de la thématique de la femme, cette dernière a été fortement présente dans les évènements de Gdeim Izik. Elle a même joué un rôle d’une importance cruciale. Certainement Ross sait bien ce qu’il fait et a des informateurs bien averti.
Selon-vous, comment l’Etat marocain doit-t-il procéder pour gérer ce dossier ? Il faut œuvrer sur le front intérieur, on procédant à une véritable démocratie et créant une nouvelle donne sur le terrain tout en accélérant le processus de la régionalisation pour une autogestion de la population locale. Je signale dans ce sens qu’en matière de la question des droits de l’Homme, on est resté longtemps coincé dans une logique d’hésitation sans aller de l’avant (séances d’écoutes, fosses communes).Et tout cela joue à l’intérêt du Polisario qui a fait de la carte des droits de l’homme son cheval de bataille en faisant adhérer plusieurs acteurs à son plan. S’agissant du cas de Gdeim Izik, qu’en- est-il du rapport de la commission d’enquête parlementaire ? Aucune mesure n’a été prise jusqu’à aujourd’hui et aucune partie n’a été mise devant ses responsabilités. Je vous affirme que plusieurs détenus dans la prison de Salé sont innocents. Et pire, ces détenus sont devenus un référentiel pour les séparatistes. Je pense qu’on n’a pas retenu les véritables leçons des événements de Gdeim Izik, celles de poser les vraies questions : que s’est-il passé vraiment, comment, pourquoi… ? Aussi, il faut rappeler la sagesse des autorités et la manière avec laquelle elles ont géré ces événements et qui s’inscrit parfaitement dans une bonne gouvernance sécuritaire. Notons aussi que les positions des pays occidentaux sont souvent ambigües. Aussi, la question du Sahara ne figure pas pour le moment sur leurs agendas. Autre question : quelle sera demain la position de la France après l’avènement des socialistes. Autrement dit : le Maroc ne doit compter que sur lui même.
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