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journal albayane

Dans l’attente … PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Par Mustapha Labraimi   
Nostalgiques, les grands parents, voire les parents, parlent de leur école comme de l’éden perdu. De leur temps, l’apprentissage scolaire, puis la formation universitaire, se faisaient selon les normes ( ?). Les cours de soutien n’existaient pas…etc. On parle de tel professeur qui organisait son enseignement comme cela ou de tel autre dont la fermeté était connue de par l’ensemble des élèves ou des étudiants.
Et doucement, la discussion glisse vers les conditions actuelles de l’enseignement. Son coût, sa qualité et cette tendance à vider l’école publique de sa substance sont largement présentés avec une amertume qui trouve son maximum quand on aborde le non emploi des jeunes diplômés. Les résultats du bac, l’inscription à une formation universitaire, les déclarations des ministres quand au rôle des familles ou de la nécessité à participer financièrement au coût de la formation, font glisser la discussion sur les critères de distinction des catégories sociales.
Il faut dire que la perception des marocains de leur situation socio-économique est complexe. Ils veulent bien qu’on les prenne pour des riches quand ils ne le sont pas et n’acceptent pas qu’on leur dit qu’ils sont pauvres, alors qu’ils le sont. En plus de la dignité, le statut social est préoccupant pour le marocain dans la mesure de l’intervention de ce statut dans la vie quotidienne, vis-à-vis des autres, dans le relationnel, avec les autorités locales … Une certaine notabilité est recherchée, car elle signifie réussite et consécration. Ce caractère se retrouve aussi bien chez les gens d’en haut que chez les gens d’en bas. Au fait, de qui parle-t-on et de quoi s’agit-il ? De l’école, bien sûr. C’est vrai qu’elle fût un certain temps un moteur de l’ascension sociale. Mais, il est vite apparu que l’élite se faisait par d’autres moyens. L’école s’en est ressentie et ne s’est pas relevée depuis; malgré le consensus produit par la Commission Spéciale pour l’Education et la Formation (COSEF) et la mise en œuvre de la Charte Nationale de l’Education et de la Formation dont le plan d’urgence du ministère a montré les retards et les dysfonctionnements, sans que ce plan d’urgence ne soit pour autant efficace. Ce constat ne diminue en rien l’attachement des familles marocaines à l’éducation et à la formation de leur progéniture. Le sacrifice produit rend sensible à toute volonté de restreindre l’accès à l’enseignement et à la formation. Plus que la Caisse de compensation dont l’effet majeur reste diffus dans la société, l’éducation et la formation restent des revendications majeures de la plus grande majorité du peuple marocain. Le brassage qu’elles provoquent par la propagation de la connaissance rend «cette masse gélatineuse, mouvante», mobile et fluctuante, contestataire des héritages passéistes et obscurantistes, progressiste dans l’édification d’un Maroc moderne, cette classe moyenne, particulièrement très sensible à toute approche technocratique des problèmes de l’enseignement.
L’agrégation des individus autour de valeurs sociétales modernes, la part de la rationalité qui augmente par l’alphabétisation, la lecture et la culture, une certaine volonté de s’accrocher aux valeurs des sociétés démocratiques et modernes du nord et d’outre-mer, la consolidation du processus démocratique … tout cela et d’autres mécanismes et processus font que la société marocaine, société composite, société de classes, ou simplement «une série de couches et de strates mal identifiées … (qui) n’ont pas donné au pays une véritable classe au sens de strate homogène, avec une conscience d’appartenance commune qui aurait pu jouer un rôle moteur dans la dynamique sociale» comme le souligne le rapport du cinquantenaire de l’indépendance, évolue et vers le mieux. Alors dans l’attente… ne touche pas à mes droits.