journal albayane

Le visible et l’invisible des Printemps arabes PDF Imprimer Envoyer
On Chasse le naturel, il revient en galop. Chaque chose à son temps, mais sans renier au sacro-saint  principe de «diviser pour régner», stratégie efficace et pragmatique par sa nature souple et modulable selon les exigences du moment.  Hier c’était la nécessité impérative de protéger, pour ne pas dire parrainer, des régimes totalitaires arabes mais obéissants aux ordres extérieurs, aujourd’hui le temps est de leur donner un coup de balai, pour laisser la place aux parias d’hier, qualifiés d’ennemis numéro un des intérêts de l’occident notamment ceux de la première puissance du monde.
Cela conduit à affirmer que les attentats terroristes en septembre 2001 avaient t obligé les têtes pensantes de la politique étrangère des Etats-Unis à opérer une métamorphose maîtrisée envers l’ennemi  juré d’hier, sous forme de nouvelle politique de main tendue aux islamistes ,en retour de mettre un terme aux menaces permanentes, menées   contre les intérêts vitaux de l’Etat américain .    
Autrement dit, l’administration américaine ne voit plus aucun inconvénient à ce que les islamistes prennent le pouvoir dans les pays qui ont pu chasser les dirigeants corrompus. Mais cette arrivée au pouvoir devait se faire dans une vision de « changement dans la continuité », garantissant le respect des  axes des accords de Quincy, signés en février 1945, entre le Roi Iben Saoud, fondateur du Royaume d’Arabie Saoudite, et le président américain Franklin Roosevelt, de retour de la conférence de Yalta. Ce pacte, prévue pour 60 ans, fut Renouvelé pour une même période en 2005, par le président Georges W. Bush.        
Pour mettre en lumière le rôle essentiel des acteurs étrangers dans la canalisation et la manipulation de cette merveilleuse épopée du « printemps arabe »  et de ses révolutions, aux yeux de la majorité de l’opinion publique internationale,  un groupe de vingt-trois spécialistes du monde arabo-musulman appartenant à huit pays (Algérie, Belgique, Cote d’ivoire, Egypte, France, Mali, Syrie, Tunisie), ont mené une étude destinée à mettre en lumière l’avant, pendant et l’après révolutions ayant engendré un espoir euphorique de démocratie et de liberté,  loin des bobards médiatiques et du repiquage photographique des événements, souvent ironie .  Les résultants de ces  contributions collectives  de recoupement et  d’analyses  sont compilés dans un livre intitulé : «la face caché des révolutions arabes », publié par le Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) aux éditions Ellipses. Les grands chapitres de cet ouvrage de 528 ont été présentés à la presse en fin de la semaine dernière à Paris.      
Les auteurs de ce livre qui se voulait une nouvelle lecture objective de la saga de ce vent de révoltes populaires qui a réussi à balayer, en laps de temps, trois dictateurs, affirment que les enquêtes ayant eu lieu ont révélé que la neutralité observée par les hauts gradés des armées tunisienne et égyptienne à l’égard du déroulement de ses révolutions cachait un complot militaire déguisé, expliquant ainsi  que désormais, on sait très bien qu’en Tunisie, le commandant de la garde présidentielle, le général Ali Seriati, avait obligé l’ex-président Ben Ali à prendre l’avion, le 14 janvier 2011, à destination de l’Arabie Saoudite, en l’assurant qu’il rétablira l’ordre en son absence, après quoi, le président Ben Ali retournera en Tunisie avec  tous les égards d’un chef d’Etat. C’est-à-dire partir momentanément pour revenir après une exemplaire répression des meneurs de ces révoltes.    Selon eux, ces ordres ont été interceptés par de discrètes  écoutes de la chancellerie américaine, «qui avertissait l’allié du moment, le général Rachid Ammar, chef d’état- major de l’armée tunisienne».
Dès que l’avion présidentiel  avait décollé  avec sa précieuse cargaison, ce dernier a procédé à l’arrestation du général Seriati et présenté à la justice militaire, ont-ils rappelé, avant d’indiquer qu’il est important de souligner que dans les semaines précédant les événements, les plus hauts représentants des armées tunisienne et égyptienne « se sont rendus à Washington pour obtenir le feu vert des Etats-Unis en vue de renverser les dirigeants en place.»   
Le pourquoi de ces contacts s’explique par le fait que la plus haute hiérarchie militaire des deux pays ne supportait  plus la prédation des clans au pouvoir depuis des décennies, et qui détournaient à des fins personnelles une part grandissante de l’aide américaine destinée au budget de la défense. Cela permet de dire donc, qu’on ne pouvait « entreprendre cette action sans l’aval préalable de la première puissance mondiale. »      
Devant un tel constat des  faits, le directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), Eric Denécé, coauteur de ce grand ouvrage, déduit que ces révolutions arabes « se révèlent n’être en réalité que des coups d’Etat militaires discrets, dissimulés derrière une révolte populaire largement canalisée.»      
En Libye, la révolution s’inscrit, selon ce spécialiste en matière de renseignement militaire,  dans un autre registre sociogéographique, bien différent que ceux des révolutions tunisienne et égyptienne, à savoir que  la révolution libyenne tire son origine des conflits tribaux dans la région orientale du pays où les tribus restaient depuis 40 ans hostiles  au pouvoir de tripoli.       
Cette caractéristique tribale confirme que la révolution dans ce pays où les problèmes économiques n’existaient pas, puisqu’il y avait sur le sol libyen plus de 3 millions de travailleurs étrangers, était une dissidence tribale dans un esprit de revanche, appuie  par des libyens de la diaspora acquis à la démocratie soutenue, soi-disant, par Washington et des  ONG.       
En Syrie,  la situation est tout à fait différente, par le fait que l’insurrection dans ce pays est loin d’avoir été générale.
Ce qui fait qu’on ne peut parler ici que d’une partie des élites, plus ou moins laïques et gagnées aux idées démocratiques, s’opposait depuis longtemps au régime politique, elle n’avait jamais demandé une révolution, mais seulement des réforme, et surtout il rejetait totalement l’évolution chaotique des autres» printemps arabes sous l’influence des courants islamistes radicaux et d’acteurs étrangers.     
Si le régime de Bachar al-Assad ne répondait pas aux normes des démocraties occidentales, il n’était loin d’être « le dictateur tyrannique décrit par nos médias », commente ce collectif de spécialistes qui rappelle qu’il s’était même essayé à une tentative de libéralisation. Cela voulait dire  que « la révolution » à laquelle le pays assiste depuis près de 18 mois puise bien davantage ses racines dans l’action « orchestrée depuis l’étranger. »
Ainsi aux yeux de ces chercheurs, ces  révolutions arabes se résument  à « un renouvellement des classes dirigeantes, lesquelles ont, avec l’accord de Washington, organisé des coups d’Etat en douceur, profitant d’une vaque de contestation populaire qu’elles ont laissé se développer et qu’elles ont intelligemment exploitée.»    
Après avoir constaté en 2001, à leur grande surprise, la haine qu’une grande partie des populations arabo-musulmanes leur vouaient, les Etats-Unis décédaient de reconsidérer leur position orthodoxe contraire à l’arrivée des islamistes au pouvoir dans les Etats arabes. Cette mue diplomatique de la Maison blanche a été opérée suite à des études effectuées pour comprendre les racines de cette détestation.      
Selon l’analyse de ce groupe de spécialistes, ce changement de peau circonstanciel est fait, bien entendu,  sous un ensemble de conditions, à savoir que les régimes islamistes devaient « s’engager à renoncer  au terrorisme, reconnaitre l’Etat d’Israël, s’insérer dans l’économie libérale mondialisée et favoriser les entreprises américaines  sur les marchés locaux.»     
Les auteurs du livre « la face cachée des révolutions arabes », ont résumé la nouvelle position de l’administration américaines dans la façon suivante : «si les arabes veulent vivre sous des régimes islamiques, eh bien aidons les à le faire, si cela favorise notre sécurité et notre business.» 
Cela signifie en clair : «à eux la charia, à nous le pétrole.»  Washington souhaite également le maintien «du rôle des militaires dans les sociétés arabes», en l’aidant, selon la même source, à évoluer vers « un rôle à la turque», c’est-à-dire qu’elles n’occupent pas le pouvoir, sauf cas de force majeure, mais qu’elles »soient les garantes de la stabilité dans  leur pays contre l’islamisme. » 
Les analystes des nouvelles cartes de la politique étrangère de la Maison blanche, estiment enfin que l’intérêt de cette stratégie en phase d’expérimentation au monde arabe  se trouvait renforcé par la crise économique de la fin des années 2000, c’est-à-dire que Washington était contraint de relancer à tout prix la croissance de son économie et de réduire la compétitivité de ses concurrents, principalement européens.    
A cela s’ajoute la course redoutable au contrôle des ressources pétrolière du Moyen-Orient, devenu une nécessité absolue  dans un contexte géopolitique fort marqué par une rivalité stratégique  qui s’affirme chaque jour davantage avec la Chine.
Cela conduit à dire donc que la nouvelle politique américaine de réconciliation inaugurée avec les forces politiques islamistes se repose essentiellement sur le principe de «l’utile à l’agréable».
C’est-à-dire  que cette ouverture pragmatique sur les adversaires  d’hier permettrait,  d’une part, «d’acclimater » les islamistes au monde moderne par l’exercice du pouvoir, et, d’autre part, de protéger les intérêts vitaux américains contre les attaques des groupes islamiques.
El Hachimi Abdellah (Paris)