journal albayane

Mouloud Ou Hamouch, une légende en passe d'être oubliée PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Hamzaoui Abdelmalek   

Chance amazighe


Le tambourinaire Mouloud Ouhmouch de son vrai nom de famille : Hamouchi, est né en 1943 au lieu dit «Taghnbout», situé à proximité du village de «Tounfite», dans la province actuelle de Midelt, commandement de la région de Meknès-Tafilalet. Fils de : Moha Ou Hmouch et de Tahra bent Ichou Alla, appelée communément : Tahra Ichi.

Après avoir passé quelques années studieuses sur les bancs de l’école primaire en temps qu’élève persévérant, il a quitté la classe de CM2 et son école en 1954 pour travailler avec son père, qui exerçait la profession de boucher. Au début de 1956, il rejoint le centre de travaux agricoles du village de «Aghbalou Isrdane», en qualité d’ouvrier agricole pour une période s’étalant entre six et huit ans.

Il est difficile de déterminer avec précision et exactitude les débuts du parcours artistique de ce géant de l’art amazigh et, ainsi que nous l’avons relevé en début de cette étude, cette passion l’a pris très jeune, du temps où il était encore écolier. Il possédait une oreille musicale et aimait assister et écouter les nombreux poètes amazigh qui fourmillaient dans sa région, la confédération de : Ait Yaflmane, composée de : Ait Hdidou, Ait Marghad, Ait Yahya, Ait Izdi et Aarab Sebbah. Ses poètes préférés de l’époque étaient, pour ne citer que quelques uns d’entre eux : Ozhra Ali, Lessieur, Ali Lhamri, Akoray Moha, Assou n Slimane, Aalakouch, Moha Ou Mouzoune, et la liste est loin d’être encore exhaustive.

C’est durant cette période qu’est né en lui l’amour de la poésie et des chants. Il avait une mémoire phénoménale, une mémoire d’éléphant pour ainsi dire. Un vrai magnétophone, dans la mesure où, bien avant l’apparition de cette machine, il avait engrangé tous les poèmes et les vers poétiques qu’il entendait et qui se chantaient dans les prestations de Ahidous, en particulier, et dans les chansons en général.

La famille de notre tambourinaire était constamment en mouvement et se déplaçait  entre  son village natal, Tounfite et le village d’Aghbalou Issardane où elle s’est finalement et définitivement implantée. Ce déménagement dans cette petite localité retranchée, lui a permis, de faire connaissance de plusieurs artistes locaux jouant du violon et de loutar : deux principaux instruments musicaux à cordes, connus à l’époque dans ce petit coin perdu du moyen Atlas. C’est ainsi qu’il a côtoyé le musicien et chanteur feu «Aka n Ito Hamza», outayri et «Abdellah n Messouda», outayri aussi et toujours en vie. Il a également connu et côtoyé «Knich» ex- chauffeur de camions qui réside actuellement à Errachidia. Grâce à cette ouverture géographique sur un périmètre artistique plus large, il a fait la connaissance du violoniste «Moha Nâadi» du village de : «Boumiya» et de  «Mohammed ben Taibi» du village de «Itzer»  (il joue du luth et loutar), actuellement retraité de la commune rurale d’Itzer ou il vit toujours. Mouloud Hamouchi ou, ainsi que la plupart des ses fans l’appellent  affectueusement, «Bba Mouloud» restera à vie redevable à feu Moha Ou Mouzoune – poète, violoniste, tambourinaire et Boughanime- qui l’a bercé dans le domaine artistique : C’est grâce à ce vétéran de l’art amazigh que «Bba Mouloud» est devenu tambourinaire professionnel, après avoir vécu longtemps comme artiste amateur aux possibilités limitées tant dans l’espace que dans le temps. Depuis, ses talents artistiques n’ont jamais été démentis. Il a parcouru tout le moyen Atlas cherchant toujours à faire connaissance des artistes et à profiter de leurs expériences pour se perfectionner dans ce domaine.

Beaucoup de noms connus et célèbres ont imprégné le caractère de cet artiste depuis le début de sa carrière artistique. Des noms qui l’ont motivé à toujours donner le meilleur de soi et à tisser des liens très solides avec notre incommensurable patrimoine. C’est alors qu’il a appris de nombreux poèmes par cœur, parmi  lesquels les deux longs et non moins fameux poèmes de feu «Aafaoui Hamou Oulghazi», né à «Ighzar Oudmame» dans le même village que celui où Mouloud à évolué :

- ⵙⵉⴷⵉ ⵔⴱⴱⵉ ⵊⵓⴷ ⵖⵉⴼⵉ et ⵜⴱⵕⴰⵎ ⵜⵙⵙⴰⵄⵜ ⵉⵔⵄⴰⴱ ⵓⵏⴰ ⵓⵔ ⵉⵎⵓⵜⵏ

Il a aussi aimé le poète Moulay Hmad de Boumiya pour lequel il a une affection particulière pour l’un de ses fameux poèmes qu’il chante à l’occasion.

- ⴰ ⵄⴷⴰⵡ ⵉⵏⵓ ⵓⵔ ⵜⴱⴰⵜ ⵉ ⵍⵄⴰⵎⵔ ⵉⵏⵓ

Signalons au passage que ces trois poèmes ont été mis en chansons par son compagnon feu Houari Mohamed Rouicha, et qu’il a participé d’une manière plus que certaine à leur composition étant donné que c’était lui qui les avait transmis à son ami Rouicha, rencontré pour la première fois en 1962 dans la région du village de Krouchen, fief du célèbre tambourinaire Ali Ouadda. Il le  rencontra une deuxième fois, par hasard, en 1968 et depuis 1977, ils sont devenus inséparable jusqu’au 17 janvier 2012, date du décès de Rouicha.

Deux autres dates sont également à retenir pour le parcours artistique de Ssi (monsieur) Mouloud, c’est la période qui s’est étalée entre 1971 et 1977 et qui est considérée comme un tremplin qui l’a marqué fortement, une autre fois, au niveau de sa carrière. Pendant cette période, il a « travaillé » aux côtés de grands et célèbres artistes de renommée nationale, tels que : Mustapha Nâainiâa, Bouzekri Amrane, Ouâachouch Lahcen, Mohamed Stitou, Abchar Lbachir, Aaroub, connu sous le nom de Lghazi Lâarbi, Maghni Mohamed ainsi qu’une pléiade d’artistes, plus ou moins connus.

«Bba Mouloud», certes, restera l’un des plus grands et célèbres tambourinaires contemporains qui ont participé au succès de plusieurs et innombrables sessions de créativités artistiques et de concerts conviviaux aux côtés des vétérans du *Bendir* tel : Ali Oudda de la localité de : Krouchen. Hmad n Mina du village de : Aguelmous. Le général Hassan Bouykifi et Kadour qui vivent toujours à Khenifra. Zayd Ouhdidou issue de la région de : Imilchil. Hsaine Boumiya qui réside à : Tighsaline. Mohamed quarante, Bouzekri le forgeron et Bari Ouhrimou, tous les trois du village de : Lkbab. Alla et Moha Oujapon de la ville d’El Hajeb. Ali Ahizoune du village de : Tounfite, pour ne citer que quelques un.

Durant le long parcours artistique de monsieur Hamouchi Mouloud, divers administrations (comme l’institut royal de la culture amazigh), associations culturelles et festivals lui ont rendu un vibrant hommage en reconnaissance de ses sacrifices grandioses pour la promotion et la sauvegarde de l’art et de la chanson amazigh.

«Bba Mouloud» qui a « œuvré » en silence et fidélité pour servir le patrimoine amazigh sans aucun engagement écrit auprès de plusieurs artistes chefs de troupes et, malgré son âge actuel et son passé artistique qui s’est étalé sur plus d’un demi siècle, il demeure toujours dynamique et sympathique. Il continue son chemin avec sagesse, tendant la main aux jeunes artistes qui se fraient encore leur chemin dans ce domaine. Il conseille ceux qui veulent profiter de son expérience comme il ne tarde jamais à mettre toutes ses connaissances entre les mains des chercheurs Amazigh qui se soucient pour consigner notre culture orale et la rendre écrite pour que la génération actuelle et les générations à venir en profitent et aient connaissance de l’histoire du patrimoine amazigh dans la région du Moyen- Atlas.

La récente constitution votée en juillet 2011 qui stipule dans l’un de ses article que tous les Marocains sont égaux devant la loi et cette même constitution qui a reconnu aussi la langue amazigh comme langue officielle (art 5), n’a pas été d’une grande utilité à «Bba Mouloud» qui n’a pas encore vu de changement matériel le concernant. Lui qui est considéré de nos jours comme une mémoire vivante, disposant d’un très large répertoire de chansons et de poèmes qu’il est impératif d’exploiter de son vivant. L’égalité, c’est encore de l’abstrait pour notre maître tambourinaire, privé de ses droits d’auteur  dans la mesure où il a enregistré une multitude de chansons en coopération avec plusieurs artistes et surtout avec feu Rouicha, à la SNRT (radio et télévision) et d’autres chaînes de télévisions nationales et internationales et dans différentes sociétés de productions artistiques. Lui qui a dépassé maintenant l’âge de la retraite est actuellement exposé aux différentes maladies et à la vieillesse sans aucune couverture médicale...lui qui n’a pas encore eu l’honneur de recevoir sa carte d’artiste délivrée par les services du ministère de la culture Marocain, la carte qui lui rendra confiance en soi...

Anazur Hamouchi Mouloud, continue à souffrir en silence et à persévérer dans le domaine du militantisme pour le bien- être du patrimoine amazigh.

Avant de terminer cette modeste contribution sur notre MAITRE tambourinaire, je voudrais signaler au passage qu’il a eu de multiples occasions pour visiter plusieurs pays étrangers dans le cadres des tournées artistiques organisées dans le passé par les ministères de tourisme ou de la culture durant les commémorations des fêtes nationales et qu’il était aussi un footballeur de renom et que ses amis de jeunesse l’avaient surnommé   «Tokoto» alors que d’autres lui avaient attribué le nom du célèbre N° 10 brésilien, la légende *Pelé* pour la simple et bonne raison qu’il a la même couleur de peau.

«Bba Mouloud» demeurera une légende et un grand nom dont se souviendront les générations avenirs et un symbole de la mémoire artistique amazigh. Le modeste témoignage que nous portons sur son parcours ne suffira pas à traiter toute une vie d’artiste. Il appartient aux chercheurs de se pencher sur son cas dans la mesure où cela en vaut vraiment la peine

Si le tambourinaire Mouloud Ouhmouch, n’a pas bénéficié d’une grande couverture médiatique conforme à sa renommée artistique, il demeurera quand même dans les registres de l’histoire de notre art, comme le premier «Bnadri» amazigh Marocain à rentrer et à chanter en Tamazight dans les locaux de la maison blanche, symbole de force des Etats- Unis d’Amérique, en compagnie du violoniste : Ouâachouch Lahcen, le «bnadri» Moha Oujapon, de son vrai nom Ouaêbi Moha d’El Hajeb, ainsi que d’autres femmes artistes en 1980.