journal albayane

Une étoile dans la chanson amazighe PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Hamzaoui Abdelmalek   

Fadma Oult Hdidou

De son vrai nom, Fatima Ouahrouch est la cousine du tambourinaire Zayd Ouhdidou. Elle naquit dans le lieu dit «Anfrguel» en 1950, dans la région d’Imilchil. Avant l’âge de vingt-deux ans, Fatima, après son divorce, grâce à l’entregent de son cousin Zayd Ouhdidou, a rejoint le domaine artistique, pour la première fois, à Ain Leuh où elle a intégré la troupe du célèbre anazur, Rouicha Ain Leuh.

Le surnom de Oult Hdidou lui a été attribué par son chef de groupe pour la différencier d’autres femmes artistes qui portaient également le prénom de Fadma. Chaque nouvelle cheikha, même de nos jours, doit impérativement avoir un surnom qui s’associe avec son prénom ; pratique qui permet de se produire dans un anonymat certain auprès des autres membres de la troupe.

Fadma (qui veut dire Fatima) Oult Hdidou aimait chanter depuis son enfance mais elle le faisait en cachette car son entourage familial ne lui permettait pas de faire ce qu’elle voulait par crainte d’emprunter le chemin artistique qui allait la conduire directement - selon ses parents - à devenir une chikha une dévoyée. Fadma était influencé par une splendide nature dans laquelle elle évoluait des journées entières entre les cèdres et les sources d’eau qui entouraient son domicile familial. Ce décore naturel était sa source d’inspiration qui lui a permis d’apprendre à jouer de : Alloune et d’emmagasiner dans sa mémoire tous les vers de poésie qu’elle entendait. Elle fût une grande tambourinaire et elle devint officiellement une tanazurte. C’est au sein de la troupe de l’artiste Yousfi Benmoha (ex-Rouicha) que notre chikha à évolué pendant de longues années pour acquérir une grande expérience artistique. Elle devint célèbre en un temps record grâce à sa voix mélodieuse et à sa grande dextérité dans la manipulation du Bendir. Oult Hdidou est une femme très intelligente qui savait saisir toutes les occasions pour arriver à ses fins artistiques. Elle était ambitieuse ce qui l’a amenée à s’imposer sur la scène artistique, au Moyen-Atlas. Sa renommée a incité d’innombrables chefs de troupes à la solliciter pour rejoindre leur groupe afin d’animer des fêtes, des festivals, des enregistrements à la radio amazigh de l’ex RTM, ou bien des concerts conviviaux. Sa réputation grandissant, elle a opté pour le travail en toute indépendance afin de devenir chanteuse principale au sein de toutes les troupes qui l’invitaient à prendre part dans leurs prestations. Durant cette période, elle a accompagné plusieurs artistes principaux tels les violonistes, Ayad Mahrach, Abahrar Mimoune, Ouâachouch Lahcen, Stitou Mohamed, Lahlou Mohamed, Chîioui Lahcen, Amlal Keddour, de même qu’elle a côtoyé aussi des «Outayris» considérés comme des sommités dans leur art : Houari Rouicha Mohamed ou Mustapha Aâkri pour ne citer que quelques uns d’entre eux. Concernant les tambourinaires qu’elle a connus durant sa carrière artistique, nous n’évoquerons  ici que quelques noms qui ont marqué l’histoire de notre art dans le Moyen-Atlas. Ainsi, elle a  fréquenté Kadour Bouyaoui, appelé communément, Awaêdi a saêdi. Le fameux général Hassan Bouykifi, Hachami Abidla, Said Ouhdidou, son cousin Zayd Ouhdidou,Hamouchi Mouloud  ou bien Mohamed Chelh.

Cette dynamique cheikha a eu plusieurs occasions pour se produire presque dans toutes les villes du Maroc et en Europe, avec son premier «patron», le grand Yousfi Benmoha et ses troupes, surtout durant l’année de 1978.

Ouahrouch Fatima, demeurera éternellement une grande tanazurt dans les annales de l’histoire de notre patrimoine amazigh car elle fût une grande star. Actuellement, elle est toujours en vie et s’est retirée dans le village d’Ain Leuh. Il serait, à mon sens, important que les chercheurs consacrent une ou des études sérieuses à son parcours artistique dans la mesure où, non seulement elle le mérité, mais il permettrait également de la faire connaître et de la faire sortir de l’oubli. Notons au passage qu’elle n’a ménagé aucun effort depuis son jeune âge, jusqu’à nos jours, pour contribuer fortement à la sauvegarde de la langue et de l’art amazigh.