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Elles ont dit sur le 8 mars… PDF Imprimer Envoyer
Actualités
Écrit par Mohamed Nait Youssef   
Ilham Laraki Omari, galeriste

«Mettre sous le feu des projecteurs l’évolution de la femme

au sein de la société»

«C’est une occasion à saisir, aussi brève soit-elle, pour mettre sous le feu des projecteurs, l’évolution de la femme au sein de la société, mais aussi le chemin qui reste à parcourir, de sorte que l’on puisse célébrer cette journée en s’intéressant à la cause de la femme et en exprimant ses attentes. La création féminine marocaine est en pleine d’expansion, ceci témoigne de l’épanouissement des femmes dans ce domaine. Elles assument leur passion et prennent le choix d’en faire leur profession. Les artistes marocaines n’avaient pas autant d’opportunités pour montrer l’étendue de leurs capacités. L’émancipation de la femme dans l’art a aussi été favorisée par l’expression et la multiplication des « moyens de communication » comme les galeries d’art, les expositions, les évènements culturels… Notre Roi Mohammed VI en tant que fondateur de projets culturels de grande importance aime l’art et encourage les artistes marocains. Ses actions nobles de soutien de notre culture se ressentent dans l’essor et le dynamisme que connaît actuellement l’Art au Maroc. La création en général peut être une réponse à un besoin ;  une destinée en quelque sorte. Quand une personne a une passion, elle s’y accroche et va jusqu’au bout de son idée, car elle a quelque chose à dire.  Toutes ces  femmes qui ont cette passion ont probablement envie d’exprimer haut et fort leurs ressentis et leur besoin de liberté dans ce sens. Si je devais lancer en une phrase un appel pour la femme artiste au Maroc et ailleurs, je dirais : persévère comme tu as commencé et autant que tu peux, nourris ta passion».

***

Mouna Elouraoui, artiste peintre

«C’est une lutte de tous les jours pour beaucoup de femmes»

«La journée de la femme, est-ce réellement avec respect, considération et égard qu’elle est fêtée ? C’est une lutte de tous les jours pour beaucoup de femmes, du point de vue social. Un antagonisme constant. L’avenir ne sera radieux que s’il y a une entente, une harmonie. Par ailleurs, la femme artiste marocaine est en pleine expansion  et continue son combat pour l’inégalité sociale par différentes expressions artistiques. Elle fait rejaillir sa lutte, sa rage, son incompréhension, ses désillusions aussi bien que son amour, sa gaieté et sa joie de vivre par la peinture, l’écriture, l’expression  corporelle, le cinéma etc….. Elle est au moins libre de s’exprimer sans contrainte. Aimez toutes les femmes du monde entier, voyez en elles, votre mère, votre sœur, votre fille et votre compagne. Respectez-les, valorisez-les et reconnaissez-les à leur juste valeur».

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Nadia Rhessal, artiste peintre

«Lutter contre l’injustice à l’égard des femmes… »


«Pour moi, cette journée est juste une manière de montrer que le combat de la femme -quoique je n’aime pas appeler cela un combat- n’est pas uniquement un cri contre l’injustice de la société qui fait d’elle le sexe faible par rapport à l’homme, contre les inégalités sociales légitimées par les stéréotypes, la mauvaise représentation dans le politique……. mais également d’une injustice qui l’amoindrit par rapport à la femme elle-même !

En effet, la femme rurale n’est pas l’égale de la citadine ; l’illettrée est mal perçue par la scolarisée qui, à son tour, est tympanisée par l’intellectuelle.

La femme de couleur se sent complexée devant  la femme blanche, la voilée craint la laïque ou l’islamophobe et j’en passe.

J’espère, en cette journée,  que la femme soit respectée pour ses compétences professionnelles et le rôle qu'elle joue dans plusieurs domaines et notamment, ceux qui étaient réservés à l'homme auparavant.

J’espère aussi qu’elle soit plus considérée comme la génitrice du monde, vénérée pour ses souffrances en tant que mère et  respectée en tant que sœur ou douce moitié, que comme un objet de plaisir ou un tabou à dissimuler.

Comme tous les domaines, l’art a, pendant longtemps, été l’apanage de l’homme partout dans le monde. Et ici, comme ailleurs, la femme dérange et devait toujours être discrète par respect des conventions et de la bienséance pour une société qui se voulait prude contre les tabous mis à nu par l’art. A mon avis, ces dernières années, l’art a pris un chemin mercantile, ce  qui a créé des lobbies qui veulent s’accaparer ses privilèges pécuniaires. Il va sans dire qu’au Maroc,  il y’a une constellation de femmes artistes hors pair qui restent à l’ombre parce qu’elles n’ont pas les moyens financiers et/ou logistique pour percer, parce qu’elles ne connaissent personne pour les mettre en scène ou bien parce que le lobbying leur bloque l’accès à l’esplanade artistique. Ceci étant, je suis optimiste quant au devenir de l’art féminin au Maroc car on voit de jour en jour, émerger des œuvres qui défient toute concurrence».

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Najat Nerci, universitaire et  écrivaine

«La femme écrivaine marocaine est bel et bien présente

dans le paysage culturel»

«ll faut rappeler que cette journée qui trouve son origine dans les luttes des ouvrières et suffragettes du début du XXe siècle, pour de meilleures conditions de travail et le droit de vote, fut proposée par Clara Zetkin, comme journée internationale des femmes pour la première fois en 1910, lors de la conférence internationale des femmes socialistes. C’est dire que le 8 Mars s’inscrit dans une perspective résolument révolutionnaire. Elle n’a été, d’ailleurs, officialisée par les Nations Unies qu’en 1977. Cette journée demeure aujourd’hui d’une brûlante actualité, car le retard historique est considérable. La discrimination envers les femmes date de l’âge paléolithique (entre 250 mille ans et trente mille ans), mais les sociétés humaines ne sont pas à un niveau égal quant au travail opéré pour rattraper ce retard et rendre aux femmes leurs droits. Le 8 Mars est, dès lors, l’occasion de faire le point sur la condition des femmes, sur les acquis et les revendications pour une égalité entre les sexes qui reste à construire. Au Maroc, les défis sont énormes et il est paradoxal de voir qu’avec toutes les batailles livrées par le mouvement féministe marocain, les constats demeurent alarmants avec la hausse du nombre de mariages des mineures, le décrochage scolaire des filles dès le primaire, la baisse du taux d’activité féminine, la précarité économique et sociale, la violence contre les femmes, etc. Cet état des lieux prouve, encore une fois, que la volonté politique est primordiale pour tout changement en faveur d’une vie meilleure pour les femmes de ce pays. Par ailleurs, il est surprenant de voir que l’on essaie encore de cantonner la femme marocaine à l’espace privé alors qu’elle intervient en réalité dans tous les domaines. A titre d’exemple, la femme écrivaine marocaine est bel et bien présente dans le paysage culturel. Elle investit aussi bien le champ de la production académique, que celui de la création littéraire (roman, nouvelle, poésie, théâtre). Chaque année, l’on voit arriver sur le marché des ouvrages publiés par des femmes écrivaines de grande qualité, et qui obtiennent reconnaissance à travers des prix. Il faut dire que la femme écrivaine marocaine a une responsabilité historique quant à l’affirmation de la présence de la femme dans un monde qui fut jusqu’à récemment phallocentrique. L’écriture intervient, alors, à deux niveaux pour contribuer à asseoir les droits des femmes. Tout d’abord, en se saisissant du discours, toutes catégories confondues, la femme écrivaine investit l’espace public et affirme que la position subordonnée à laquelle d’aucuns voudraient recaler les femmes, n’est pas une fatalité. Elle contribue à la fois à redéfinir les catégories du féminin du masculin, et offre à la voix féminine la possibilité de ne plus être cantonnée dans la sphère privée, et l’opportunité de s’engager, de s’exprimer sur la gestion de la chose publique. Ensuite, par le choix de la condition des femmes comme sujet de réflexion et de travail, elle serait à même de produire un espace autre, pouvant favoriser la représentation, la contestation et l’inversion des lieux réels du pouvoir et du langage. Son intervention, ici, serait résolument subversive de cette catégorisation dualiste qui récuse la présence du corps féminin dans l’espace public et institue une distribution sexuelle des rôles sociaux».

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Nadia Essalmi, éditrice

«Dresser un bilan des progrès et des changements réalisés»

«La Journée internationale de la femme ne doit pas se limiter à fêter la femme comme cela est ancré dans les esprits, mais doit être l’occasion de dresser un bilan des progrès et des changements réalisés, de célébrer les actes de courage et de détermination accomplis par les femmes qui ont joué un rôle important dans leur pays, de citer les acquis et les défis qu’elles ont relevés, les droits qu’elles ont arrachés sans pour autant oublier qu’elles ont encore du chemin à faire en terme des droits et de l’égalité avec l’autre sexe. Au début de l’aventure éditoriale, les rapports avec ses confrères éditeurs étaient un peu difficiles. Ils étaient probablement agacés de voir une femme marcher sur leurs traces. Le métier de l’édition au Maroc est conjugué, dans sa majorité, au masculin. La femme a pu intégrer ce milieu et y a excellé. Elle édite des livres de tous genres, du roman, de l’essai, du beau-livre, de la jeunesse et bien d’autres. Ses compétences sont aujourd’hui connues et reconnues. Son nom est associé à celui de l’homme en toute fierté. Il n’y a pas de différence entre l’esprit d’une femme et celui d’un homme.  L’écriture utilise la plume pour dénoncer les erreurs commises par l'homme à l’égard de la femme et propose des alternatives. L’écriture a fait sortir les femmes de l’obscurité de la reproduction. Elle a permis également le développement de l'esprit critique et de l'objectivité. Elle a imposé des idées à la société et l’a obligée à prendre conscience de ses défauts et de ses injustices. Elle a permis à l'homme d’accomplir un pas non négligeable en direction des droits de la femme. Plusieurs femmes ont pris la plume à leur tour pour dénoncer l’injustice à leur égard. L’Histoire témoigne de plusieurs d’entre elles. En somme, l’écriture a rendu la femme visible».

 

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