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Une femme battante PDF Imprimer Envoyer
Actualités
Écrit par Danielle Engolo   

Zoubida Moumjid, professeure de communication politique


Un bref séjour dans un monastère bouddhiste de Kanchanaburi et toute une vie chamboula. En Thaïlande, Zoubida Moumjid fait la connaissance d’elle-même. C’est le déclic. Elle se découvre, mais aussi l’autre. Commence alors un long voyage de développement personnel. Etape primordiale dans la vie de tout être humain, dont les politiciens marocains, qui en ont plus que jamais besoin pour exercer convenablement leurs fonctions et servir la «polis».  Sa carrière professionnelle connait un tournant. Elle devient professeur de communication, de développement personnel et fait du coaching.

Par une belle journée ensoleillée, c’est une femme pleine d’énergie que nous rencontrons au restaurant asiatique le nid d’hirondelles. Taille moyenne, tenue décontractée, visage soigné, yeux bridés, coupe carrée courte, elle nous accueille avec un sourire affable. C’est une habituée des lieux. Elle s’est familiarisée avec la culture asiatique grâce à plusieurs voyages en Asie. La cuisine asiatique ne lui est pas étrangère. Elle commande nems, salades, pâtes sans consulter le menu du resto. Pour ce déjeuner pris en tête à tête avec son mari, c’est elle qui propose les mets aux convives, en bonne connaisseuse. L’autre est au cœur de son attention. Elle s’en préoccupe. Elle veut le connaitre, le mettre à l’aise, briser toute potentielle barrière à une communication efficace, à un moment si privilégié du week-end. Dans son regard souriant et intense se dégagent une profondeur, une sincérité. Les paroles assurées de la femme instruite par l’expérience et un travail intérieur profond s’accaparent des doutes de l’autre ; elles le tranquillisent, l’égayent et le rassurent.  Dans ses paroles puisées au fond de ses entrailles, s’exhalent la joie, le bien-être intérieur, l’épanouissement, un accomplissement de soi. Son langage pénétrant, bien ficelé et agencé coule, on dirait un torrent. Boileau ne disait-il pas « ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément » ? Ancré dans le lyrisme poétique, quelquefois la satire, le poète français avait pourtant omis de présenter la connaissance de soi comme prérequis, certes en vue d’un agencement logique des mots, mais pour une imprégnation dans ces mots, de son être intérieur afin de toucher l’autre et éveiller sa sensibilité. Zoubida Moumjid a pu se réconcilier avec elle-même pour aider les autres à se découvrir. Les sujets diffèrent mais les mots demeurent. Pour la spécialiste en coaching, c’est une étape sine qua none. « Se connaitre c’est faire un voyage au fond de soi pour voir autrement. » Elle nous fait revivre ce voyage du passé, mais qui reste d’actualité. « J’avais besoin de me retrouver moi-même», confie-t-elle. Cette connaissance de soi passe par « la rencontre avec les autres qui nous apprend qui nous sommes ». « Je suis allée dans ce monastère à la recherche de moi, juste après une expérience douloureuse. Cela m’a ouvert les voies vers le développement personnel, la tempérance, l’empathie, l’humilité ». Cette expérience reste le jalon de tout son parcours.

Coaching… plutôt Relation

« Coaching » ou plutôt « relation » ? Moumjid Zoubida se veut catégorique. Le mot « coaching » est incomplet pour décrire les différentes allées qu’incorpore ce vaste domaine. « C’est une relation ». Mieux encore, c’est une intervention, un accompagnement, une formation et pourquoi pas, du consulting. Le coaching a du vent en poupe, pourtant « tous » ne sont pas des coaches. Certains se l’autoproclament sans l’être vraiment, sans compétences. « Nous ne pouvons pas faire de coaching si nous n’avons pas vécu la vie avec ses bonheurs, ses malheurs, si nous n’avons pas connu les autres, fait un travail au fond de soi, si nous n’avons pas d’empathie ». Ce voyage au fond de soi n’est pas toujours rose, il est également fait de surprises, admet-elle. Le coaching ne se résume pas en des outils. C’est un cadre pour évaluer. Le coach… plutôt l’intervenant ne porte pas de jugement. Il se met à la place de l’autre sans toutefois prendre sa place, l’aide à se découvrir. « Il ne lui dit pas ce qu’il doit faire, mais l’aide à se découvrir. » Il doit donc être apolitique pour faire preuve d’objectivité, d’impartialité et apporter ses connaissances de fin expert sans « ségrégations ». A la faculté de sciences juridiques d’Ain Chock, c’est sa mission, former des intervenants, accompagnateurs politiques qui pourront montrer aux hommes politiques « comment leur ethos peut susciter le pathos à travers le logos ».

Les politiciens marocains : étrangers à eux-mêmes

Impliquée corps et âme dans sa « passion », elle ne ménage pas ses critiques envers les dirigeants de la « polis ». « La scène politique marocaine laisse à désirer ». Une odeur de confusion totale, de désordre se dégage. Plusieurs politiciens nationaux pensent plus à renflouer les caisses de l’Etat qu’au peuple. Ils travaillent plus le paraitre, font des apparitions médiatiques sans consistance, ont un discours obscène, disent ce qu’ils ne pensent pas. Ce qui explique la résistance du peuple qui parvient à déceler ces incongruités. « Chacun d’entre eux a l’impression qu’on veut lui piquer le pouvoir, pourtant il y’en a assez pour tous », dit-elle en se marrant. « Cette crainte de l’autre émane du manque de confiance en soi », lié au manque de connaissance de soi. Ils ont tout à gagner à se connaitre et connaitre les autres, pense-t-elle à haute voix. Un voyage au fond d’eux aurait un impact visible sur l’exercice de la démocratie, leur permettrait d’être humbles, de gouverner tout étant proches des autres. « Ghandi, Mandela, Martin Luther King, le prophète Mohamed qui font partie d’une Leadographie des 100 figures historiques, qu’avaient-ils de particulier ? », s’interroge t- elle de manière rhétorique. « Leur point commun c’était d’avoir fait un long cheminement en elles-mêmes, au fond d’elles-mêmes, de s’être questionnées, d’avoir remis en cause leurs idées et aptitudes, d’avoir appris à être humbles et proches de leurs semblables. » « Y’aurait-il un personnage politique marocain capable d’être classé dans cette liste ? », s’interroge t- elle désespérément. La négation parait aussitôt dans son regard inquisiteur.

Les politiciennes marocaines…plutôt une question de visibilité

Le problème des femmes politiciennes marocaines, ce n’est pas la « prétendue » omniprésence des hommes sur la scène politique qui les effacerait. « Les politiciennes marocaines ont un vrai problème de visibilité ». Elles ne sont pas nombreuses dans le gouvernement marocain et celles qui y sont « brillent par leur absence ». « Comment les voyons-nous ? » Sur le petit écran, « on les voit lisant leurs propos sans convictions profondes, C’est un vrai problème ! », lâche Zoubida Moumjid. Cette attitude laisse transparaitre que ces femmes ne portent pas en elles, mais emportent avec elles ce qu’elles disent. Elles sont au même titre que les hommes, étrangères à elles-mêmes, sans connaissance profonde de soi et de l’autre.

Les secrets du métier ?

« Coacher un politicien c’est lui apprendre son fonctionnement, le mettre devant ce qu’il est réellement, sa manière d’agir, lui apprendre qu’il y’a plusieurs autres manières de réagir, qu’il peut les redéfinir en adéquation avec lui-même. » Une fois que le politicien en prend conscience, le travail est réussi à 90%, confie-t-elle. Quand nous approchons les politiciens marocains, ils nous disent être déjà en contact avec des coaches étrangers, pourtant le coaching politique est un travail qui doit se faire selon un référentiel culturel pour être efficace. Ces hommes de pouvoir doivent prendre exemple sur le Roi Mohammed VI qui est un « bon communicateur » entouré de conseillers nationaux. Les politiciens doivent comprendre que les académiciens ne sont pas là pour juger, mais pour évaluer. Ils agissent ou poussent à agir en conséquence avec pour seul objectif de servir le pays. « Il n’est jamais trop tard », se veut-elle rassurante. Le Maroc est à une période décisive de sa vie politique. Les listes électorales ont été arrêtées. Les politiciens marocains : jeunes, hommes, femmes ont encore du temps pour se connaitre et connaitre les autres, avoir un discours crédible non seulement pour gagner les élections, mais pour servir la démocratie et œuvrer pour une démocratie durable du pays à condition de se référer non aux pseudos coaches, mais aux accompagnateurs et intervenants politiques ayant fait un voyage abyssal au fond d’eux.

1973-1980 : Etudes secondaires au lycée Oullada, Casablanca

1980-1982 : université Mohammed V Rabat, études françaises et linguistique

1984-2009 : professeur de français et organisatrice de voyages

2001-2002 : séjour au temple bouddhiste Kanchanaburi en Thaïlande

2008 : professeur de communication et de développement personnel à l’école française des affaires (EFA)

2011 : master 2 communication politique faculté de sciences juridiques, économiques et sociales d’Ain Chok

Professeur de communication et de développement personnel au sein du master «Communication politique» de la faculté des sciences juridiques économiques et sociales d’Ain chok.

***

Femmes sénégalaises de la médina

Entre Business et rencontre interculturelle


Ici, c’est la médina de Casablanca. C’est le business, le commerce, la coiffure, les tresses, les faux-cils, mais c’est aussi un beau prétexte, une raison de vivre ensemble, de se côtoyer. C’est le lieu privilégié pour aller à la rencontre de l’autre, de se connaitre et faire connaitre sa culture.

Il est 17h ce lundi. Le froid s’est déferlé sur la ville blanche. En cette fin d’après-midi, le trafic routier est à son comble. Au milieu des chahuts de klaxons, des va-et-vient, trois femmes subsahariennes sont postées devant l’entrée de la façade Est de la médina. Elles lorgnent de gauche à droite ; elles sont au garde à vous, prêtes à accoster toute potentielle passante, marocaine, subsaharienne ou autre. L’une d’entre elles porte un bébé au dos et tient en main un paquet de faux-cils. « Que voulez-vous madame ? », se hâte- t-elle de demander à une passante marocaine, tout en essayant de l’appâter avec sa marchandise. La cliente désintéressée décline l’offre avec un léger sourire.  Les 3 dames ne se résignent pas. La chasse à l’affût se poursuit jusqu’à apprivoiser une « proie ». Mais en cette fin d’après-midi, le « business » est difficile.

Le monde grouille. L’allée menant au cœur de la médina est prise d’assaut. Des passants, des touristes, des vendeurs se bousculent. Impossible d’entrevoir l’intérieur de la vieille bâtisse. Seuls quelques vêtements accrochés ou portés par des mannequins envahissent les yeux. Soudain, l’horizon se dégage, le crépuscule du soir nous éclaire. Une vingtaine de femmes subsahariennes sont groupées au centre de la médina, entourées par de multiples magasins. Certaines sont débout, d’autres assises. L’atmosphère est enjouée. Des éclats de rire, des discussions à voix haute animent le groupe. Une femme sénégalaise, la quarantaine environ, est assise devant un étalage assez composite. Elle propose à tout venant des mèches, des tissages (ndlr : cheveux artificiels), des pommades, des savons, des épices, des huiles pour le corps, des paquets de faux-cils, des ongles artificiels, des cubes bouillons (jumbo, Maggi). Les couleurs rouge, orange, verte, rose s’entremêlent pour former un beau mélange qui enchante du regard. Une cliente marocaine est intriguée par l’étalage. Elle s’y arrête  et prend une pommade sous le regard égayé de la vendeuse qui lui explique les vertus du produit.  Une femme accoste une passante juste à l’entrée de la médina  et propose un paquet de cils. « C’est 20 dhs et la pose, 80 dhs », confie-t-elle. La femme, la cinquantaine environ, ne parle pas très bien français mais parvient à se faire comprendre par la cliente. Une autre femme propose des tenues traditionnelles sénégalaises, des boubous. Une autre fait de la publicité. Grâce à une affiche collée juste devant son étalage, elle propose des modèles de coiffures et de tresses pour les clientes.

Rencontre de femmes : sénégalaises et marocaines

Quelques femmes sénégalaises sont rassemblées. Dans la ronde, l’on aperçoit trois marocaines : l’une se fait tresser des rastas, l’autre se fait poser des faux-cils sous le regard attentif d’une amie. Deux femmes sont occupées à tresser la cliente. D’autres sont attentives à leurs marchandises étalées à leurs pieds : une valise moyenne pleine de mèches et de tissages. En retrait, un groupe de 6 femmes s’est constitué,  avec au centre, deux marocaines. Une atmosphère de familiarité et de complicité se dégage du groupe. Les femmes se tapotent l’épaule et rient aux éclats. L’une des femmes sénégalaises pose avec minutie et dextérité des faux-cils ; l’autre lime les ongles de sa cliente qu’elle regarde de temps en temps. Un jeune homme, la vingtaine passée, les rejoint par la suite. Deux jeunes femmes marocaines, accompagnées d’une fillette s’entretiennent avec une tresseuse qui fait une offre pour rendre la fillette jolie. Des jeunes femmes subsahariennes viennent également se tresser dans le coin et côtoient les clientes marocaines. Selon une universitaire, cette rencontre entre les femmes est ancrée dans l’essence sociale de la femme. « Quand les femmes se rencontrent, elles ont les mêmes objectifs : prendre soin de leurs familles, de leurs enfants. C’est pourquoi au-delà de leurs différences culturelles, l’harmonie entre elles est possible », nous explique-t-elle. Cette rencontre culturelle n’est pourtant pas toujours une réussite. 4 femmes se lèvent hâtivement, l’une d’entre elles passe ses mains dans ses cheveux, remet son foulard tout en marmonnant quelques mots. Les 3 autres répètent « smalia, smalia » à la tresseuse énervée qui détourne son regard des femmes. Apparemment, après avoir commencé les tresses, la cliente marocaine n’a pas été satisfaite et a demandé de les détacher. Pour la tresseuse, c’est une opportunité qui vient de lui filer des mains et qui ne la réjouit pas.

Rencontre culturelle

Les femmes sénégalaises se fondent dans l’immense environnement. Leurs marchandises côtoient les autres articles. Juste à côté de l’étalage d’une femme sénégalaise, un marocain a étalé à même le sol des bottes qu’il vend. A côté, se trouvent également des vendeurs de CD, de lunettes de soleil, des articles traditionnels marocains : colliers, bracelets aux motifs rappelant le sud du Maroc. Dans une parfumerie à l’intérieur de la médina, un parfumeur propose en plus de ses produits habituels, les mêmes produits que les femmes sénégalaises. Sur la porte de sa boutique, sont accrochés des tissages, des mèches. Le parfumeur presse une cliente d’entrer et lui propose d’autres modèles et  marques de tissages : Nina, Lina, noble, bimbo, new salon. Les prix varient entre 120 et 180 dhs selon la qualité de la matière, confie le vendeur. « Beaucoup de marocaines mettent de plus en plus des mèches et des tissages », confie-t-il. Il vend par ailleurs des huiles de corps en provenance d’Afrique subsaharienne.

Un vendeur, dans une boutique avoisinante, semble déjà rodé à la langue congolaise, le lingala. « Kitoko makasi » (ndlr : très jolie), dit-il fièrement. «  Moi j’ai vécu à Dakar pendant longtemps. Je maitrise aussi le wolof », nous confie-t-il. A la question, « côtoyez-vous les femmes sénégalaises de la médina ? », le vendeur hoche la tête, nous donnant une réponse évasive. La nuit s’apprête à tomber, mais l’atmosphère garde son allure joviale. Un vendeur de lunettes pour s’égayer, lance la parodie «Hek lili Nifi » du groupe Maroco-ivoirien barbapappa. La musique qui fait du buzz sur la toile, résonne de toutes ses forces dans la médina et vient ainsi amplifier le caractère interculturel de ce lieu de rencontre.

La nuit est tombée. L’appel du muezzin retentit dans tout le centre ville, mais ne fait bouger personne. L’activité va de plus belle. A la médina, les femmes poursuivent leur activité dans l’espoir qu’un lendemain meilleur s’offrira à elles. Qu’un jour, la société ne se définira plus en termes de différences mais que marocains et subsahariens vivront ensemble parce qu’ils sont des Hommes, rien de plus. La nuit tombée, un nouveau jour s’approche, augurant un Maroc sans communautarisme, où les objets culturels ne se côtoieront plus, mais se mêleront pour former un tout indivisible. Entre temps, la route est longue. Ces femmes sénégalaises et marocaines le savent, mais y croient toujours. Mères de l’humanité, transmettrices de culture, elles donneront, même dans la douleur, naissance à une société qui valorise uniquement l’Homme.

 

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