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De Sti Fadma à Stimigliano, parcours d'une Marocaine qui sème le bonheur autour d'elle PDF Imprimer Envoyer
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Écrit par Mohammed Badaoui (MAP)   

Zahra la badante

Zahra la badante où l'histoire d'une femme marocaine qui par son militantisme, son courage et sa générosité sème le bonheur autour d'elle : une vraie success story de Sti Fadma à Stimigliano.
Zahra. F, surnommée par ses amies intimes «Al harcha», vu qu'elle excelle dans la confection de la fameuse galette marocaine à la semoule qu'elle leur offre de temps à autre, est arrivée en Italie à la fin des années 1990 laissant derrière elle, dans les montagnes aux environs de Sti Fadma, dans la province d'Al Haouz, ses 'beaux souvenirs d'enfance», mais également 'un cauchemar qui hante encore mon esprit».
Seul regret qui, apparemment, l'agitait c'est de n'avoir pas pu réaliser son rêve d'envoyer ses parents au pèlerinage à la Mecque. Le père est décédé il y a quelques années et la mère, malade, n'est désormais plus en mesure de s'y rendre. Son récit, entrecoupé d'éclats de rire, n'a rien d'ordinaire aux yeux de ses semblables qui la chérissent tant pour ses qualités de femme «courageuse, dure à la tâche, responsable, attentive, et curieuse».
Donnée en mariage à l'âge de 15 ans à un homme plus âgé qu'elle, Zahra affirme qu'elle avait mené «pendant plus de cinq ans une vie d'enfer» avec son ex-mari qui avait l'âge de son grand-père, avouant que l'unique idée qui l'habitait, à l'époque, était de tenter le suicide. «Je n'avais pas eu le courage pour le faire de crainte de Dieu et grâce au soutien psychique de ma mère qui m'avait fait éviter de commettre un acte aussi impardonnable», a-t-elle dit.
Arrive ensuite le divorce parce que, dit-on, «je ne pouvais pas avoir des enfants», alors que j'ai appris, des années plus tard, que 'mon ex-mari (que Dieu ait son âme en sa sainte miséricorde) était en réalité stérile». Cette histoire «a bouleversé mon existence et m'a profondément affecté, parce que j'ai décliné pendant des années plusieurs offres pour mariage, croyant que j'étais stérile. Aller voir un spécialiste n'avait jamais effleuré mon esprit».
Son premier voyage 'à l'étranger» (éclats de rire) était à Beni Mellal où elle avait eu «une mauvaise aventure» avant de se rendre à Casablanca où elle travaillait, pendant des mois, comme bonne, avant de rencontrer un entrepreneur italien qui lui avait offert un emploi en tant que «badante» (auxiliaire de vie) dans une localité au centre de l'Italie qui a 'beaucoup de ressemblance avec ma région Sti Fadma et de surcroît elle a un nom qui sonne bien dans mes oreilles et que j'appréciait tellement : Stimigliano».
En Italie, le terme badante (auxiliaire de vie, emploi privilégié généralement parce qu'il garantit logement et nourriture dans la plupart des cas ) renvoie automatiquement à ces femmes issues de la migration et qui «effectuent un certain travail d'assistance : prendre soin de personnes âgées seules et non autonomes ou de personnes porteuses d'un handicap».
La badante, est devenue «très nécessaire» dans une société en vieillissement et occupe depuis plusieurs décennies une place centrale dans la littérature de la migration et dans les recherches sociologiques en matière des flux migratoires en Italie où les grands changements sociaux intervenus à partir des années 1980 (vieillissement de la population, augmentation des personnes âgées seules, insertion des femmes sur le marché du travail, soins à long terme) justifient pleinement sa présence.
A cause des conditions temporelles totalisantes (24 heures sur 24), l'activité d'auxiliaire de vie est «très ségrégative» et ne facilite pas les échanges culturels ou l'accès aux services, à moins d'une entente avec son employeur comme c'est le cas pour Zahra.
Peu de mois après son arrivée en Italie, affirment ses employeurs, Zahra avait fait preuve d»'une volonté inouïe pour s'adapter à son nouvel environnement et toute la famille ainsi que l'association des femmes italiennes dont elle est , à présent, l'une des membres les plus actives reconnaissent qu'elle est une femme capable d'être émue et d'émouvoir et possède des qualités humaines devenues, malheureusement en ces temps, de plus en plus rares : altruisme, abnégation au travail et solidarité».
«Une femme grandit en écoutant les autres. Zahra, tout en écoutant les autres a révélé un talent d'apprentissage incroyable. Quand elle était venue, elle ne connaissait pas un seul mot de l'Italien. Elle avait suivi des cours de soir et obtenait d'excellentes notes. C'est à vous de juger à présent ses capacités intellectuelles», fait observer la présidente de l'Association dont la Marocaine est désormais 2è vice-présidente, laquelle association, qui compte en sein notamment de hauts cadres dont des femmes médecins, ingénieurs, universitaires et avocates, s'active dans le domaine de la promotion des droits des femmes et la protection de l'enfance.
«L'erreur qu'on a l'habitude de commettre en ce 8 mars c'est qu'on braque souvent les projecteurs sur les femmes qui ont réussi dans leur carrière professionnelle après avoir porté à terme leurs études grâce, dans la plupart des cas, au soutien de leurs familles, alors que l'hommage doit être rendu à ces dames qui, sans haut diplôme ni ambition d'être sous les projecteurs, militent dans l'ombre chaque jour avec grande dignité pour aider le prochain et rendre ce monde meilleur» , a-t-elle poursuivi.
On le sait bien, a-t-elle insisté, le succès n'est qu'un état d'esprit et qu’«il suffit de commencer par penser à vous en tant que gagnant, comme c'est bien le cas de Zahra. Elle a affronté avec courage ses difficultés, appris beaucoup de choses dans la vie et devenue un modèle à suivre pour nous toutes de par son altruisme et sa joie de vivre».
Emue par les éloges et les témoignages à son égard, aussi bien de la part de ses voisines italiennes, que des membres de son association, et encore davantage de plusieurs de ses concitoyennes qu'elle avait aidé à trouver un emploi, Zahra, qui partage son temps entre la maison où elle s'occupe d'une vieille femme qui, dit-on, l'aime comme sa propre fille, et le siège de son association, a cessé ses éclats de rire donnant libre cours à des larmes répétant à maintes reprises 'ma mère me manque, mon pays me manque».

 

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