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L’insuffisance des dispositifs en place concernant l’avortement requiert la mise en œuvre d’un nouveau plan d’action PDF Imprimer Envoyer
Écrit par M’Barek Tafsi   

Le Pr Louardi au débat autour de l’avortement


- 4,2% des décès maternels dus à l’avortement clandestin

- Appel à la révision du dispositif législatif en place

L’insuffisance des dispositifs en place pour remédier à la problématique des grossesses non désirées et éviter les avortements clandestins requiert la mise en place d’un plan d’action, élaboré selon une vision globale et une approche participative, pour faire face à ce problème de santé, a affirmé mercredi le Pr Lhoussaine Louardi, ministre de la santé à l’ouverture d’une rencontre ayant pour thème «l’avortement : encadrement législatif et exigences de sécurité sanitaire».

Après avoir rappelé que le code pénal marocain ne permet l’avortement médical (articles 449 à 458) qu’en cas de nécessité de préserver la vie ou la santé de la mère (article453), le ministre a indiqué que cette loi se trouve aujourd’hui dépassée et ne répond plus aux défis actuels de protection de la santé de la mère et ses droits reproductifs au Maroc. C’est ainsi que le deuxième rapport de l’enquête confidentielle sur les décès maternels de 2010 a montré que les complications de l’avortement clandestin sont responsables d’environ 4,2 pc de l’ensemble des décès maternels et de 5,5 pc des décès maternels secondaires à des complications obstétricales directes.

Tout en recommandant la révision du dispositif législatif en place, il a indiqué que le plan d’action en cours d’élaboration par son département s’articule autour de trois axes d’intervention complémentaires dont le premier s’intéresse d’une part au renforcement de la prévention des grosses non désirées à travers le développement de programmes d’éducation sexuelle et reproductive et qui appellent à la conjugaison des efforts de l’école, des parents, des organisations de la société civile et ceux du ministère de la santé et d’autre part à la facilitation de l’accès à l’information sanitaire complète au profit de toutes les granges de la société, ainsi qu’à des services planification familiale de qualité et la disponibilité de la contraception d’urgence au niveau des unités de prise en charge des femmes victimes de violence.

Quant au deuxième axe, il vise à faciliter l’accès des femmes des femmes victimes de l’avortement clandestin aux prestations de santé reproductive sans aucune crainte d’être poursuivies avec l’amélioration de la qualité de prise en charge des complications y afférentes.

Le troisième axe concerne la discussion du cadre légal et réglementaire relatif à l’avortement médical au Maroc en perspective de sa révision pour répondre aux besoins actuels et ce dans le respect total des valeurs religieuses éthiques et culturelles propres à notre pays et conformément aux Droits humains tels qu’ils sont universellement reconnus.

Dans ce sens, a-t-il dit, le ministère de la Justice et des libertés travaille actuellement sur cet axe en organisant plusieurs rencontres sur le sujet.

La réussite d’un tel plan concernant l’avortement est tributaire de l’implication de tous les intervenants et de la conjugaison des efforts de tous, a-t-il dit, précisant que c’est pour ce faire que son département a pris l’initiative d’organiser cette rencontre comme première étape qui sera suivie par la mise en place d’une commission nationale pour la finalisation d’un tel projet ambitieux visant en fin de compte à trouver une solution à ce drame à travers notamment la levée des barrières à l’accès à l’avortement pour protéger la santé physique et mentale et en cas de viol, d’inceste et malformations fœtales.

Selon le ministre, la révision des textes juridiques en place devra avoir un impact hautement positif en contribuant à la réduction de la morbidité et de la mortalité maternelles en rapport avec l’avortement non sécurisé et en permettant aux médecins d’exercer dans un cadre réglementaire et dans des conditions respectant la sécurité sanitaire et de travailler dans un cadre de transparence.

Auparavant, le ministre a rappelé que les avortements clandestins ont souvent eu lieu dans des conditions insalubres qui ne respectent pas les règles les plus élémentaires de sécurité sanitaire. Ainsi les filles et femmes par crainte des sanctions prévues par le code pénal en vigueur sur l’avortement qui punit le prestataire l’intermédiaire et la bénéficiaire d’une année à cinq ans de prison, ont recours à des méthodes archaïques en utilisant des objets tranchants et non stériles ou des herbes toxiques ou de médicaments inappropriés, ce qui aboutit à des complications sur la santé telles que l’infection ou l’hémorragie sévère ou l’insuffisance respiratoire et même hépatique, entrainant le décès dans des conditions pénibles.

Pour sa part, Mme Aïcha Ech-Chenna, présidente de l’association «Solidarité féminine» a livré un témoignage sur les drames de l’avortement clandestin que les jeunes filles choisissent pour « se débarrasser » de leurs grossesses hors mariage et indésirables.

Pour faire face à cette situation, il est impératif, a-t-elle suggéré, d’améliorer l’éducation sexuelle des jeunes selon les enseignements de l’Islam et de doter le secteur d’un cadre juridique permettant aux médecins d’exercer dans la légalité et de protéger les femmes qui optent pour l’avortement contre toute poursuite judiciaire.

De son côté, le secrétaire général du Conseil national des droits de l’homme, Mohamed Essabbar a traité la question du point de vue des conventions et instruments internationaux appelant les Etats à mettre fin à toutes les formes de discrimination contre la femme en matière de protection sanitaire pour lui garantir la pleine égalité avec l’homme.

Il a également exposé d’autres résolutions émanant notamment de la commission de lutte contre la discrimination contre la femme avant d’inviter à approfondir la réflexion sur les expériences d’autres pays (Autriche, Belgique, Espagne, Royaume Uni) qui autorisent l’avortement et sur l’impact de ces pratiques dans la société.

Lui succédant, Mme Amina Lafroughi du ministère de la justice et des libertés a exposé le point de vue de son département sur le sujet qui aspire, a-t-elle dit, à parvenir en concertation avec tous les partenaires à une loi conforme aux spécificités du Maroc et à ses constantes religieuses, sociales, culturelles et sociales.

Après avoir exposé les motifs qui interdisent l’avortement pour protéger la vie qui est un droit de tous, elle s’est posé la question de savoir si l’avortement ne constitue pas une atteinte à la vie avant son commencement.

Quant aux dispositions interdisant l’avortement, sauf exceptions prévues dans la loi, elles ont pour but de protéger le droit à la vie, reconnu à tous par la Constitution, dont en premier lieu l’enfant avant et après sa naissance, a-t-elle dit.

Elle a en outre souligné le bien fondé de cette rencontre qui ouvre la dialogue sur un sujet épineux dans le but de parvenir à dégager une vision claire et précise en tenant compte de l’avis de tous les partenaires.

Abondant dans le même ordre d’idées, Dr Mustapha Benhamza, président du Conseil régional des Ouléma d’Oujda, a tenu à préciser d’emblée que l’avis qu’il va exposer ne correspond pas nécessairement à celui de son Conseil et qu’il a accepté l’invitation du ministre de la santé (la première du genre au Maroc, selon lui) pour enrichir le débat autour d’une question brulante avec la participation de tous dont les Ouléma, qui sont des partenaires à part égal  de cette entreprise.

Selon lui, seul le dialogue ouvert entre tous les partenaires est en mesure de mettre fin aux tendances intégristes religieuses et non religieuses.

Revenant au sujet il a souligné que dans de nombreux cas, l’avis du médecin doit primer sur la Fatwa du ALIM, car l’Islam donne la primauté à la santé de l’être humain sur les pratiques religieuses.  Quand le médecin recommande à un patient de ne pas faire le ramadan pour des raisons de santé, L’ALIM ne doit pas aller à contre courant et ordonner à la personne concernée de «se suicider».

Il a également soulevé nombre de questions auxquelles la médecine doit répondre avant d’aller loin dans ce domaine concernant l’âme, la vie du fœtus, l’embryon, le but étant de respecter les droits de l’homme de tous dont ceux de la femme marocaine (musulmane) et de l’enfant et de combattre l’inceste et d’autres pratiques condamnables liées à la violence faite aux femmes, aux viols et non respect de leurs droits.

 

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