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Écrit par Ouardirhi Abdelaziz   

Rencontre nationale sur l’avortement


L'avortement illégal ou clandestin est de nouveau au devant de la scène. La presse en a fait de gros titres. C’est que cette pratique dangereuse, illégale est entourée de plusieurs interdits, de tabous et autres barrières enchevêtrées et complexes.

Des éléments qui ont de tous temps handicapé et paralysé un débat que l'on aurait voulu serein, constructif, ouvert, sincère et surtout honnête. C’est  la raison pour laquelle le ministre de la Santé, le professeur El Houssaine Louardi a tenu absolument a remédier à cette situation. A cet effet, son département a organisé un débat national sur l’avortement le mercredi 11 mars 2015 à Rabat ayant pout thème : «Encadrement législatif et exigences de la sécurité sanitaire». Cette rencontre, qui est une initiative du ministère de la Santé, intervient à un moment opportun car les avortements clandestins posent des problèmes, non seulement de santé publique, mais existentiels, surtout lorsqu’on connait tous les risques et les enjeux auxquelles les femmes sont confrontées lorsqu’elles préfèrent risquer leur vie plutôt que se retrouver avec une grossesse non désirée, mais imposée par des circonstances parfois dramatiques.

Cette rencontre nationale sur l’avortement  est la première du genre au Maroc. Elle n’a écarté  ou exclu aucun intervenant susceptible d’enrichir, de contribuer positivement à la recherche de solutions réalistes et réalisables à propos de cette thématique dont les enjeux et l’importance n’échappe à personne.

Lors de cette rencontre, le professeur Louardi a prononcé une importante allocution dans laquelle il a passé en revue les différentes facettes que pose la problématique de l’avortement au Maroc. Ci-dessous les grande lignes et passages de ce discours.

Après avoir tenu à exprimer sa fierté et sa grande joie de participer aux côtés de toutes les personnes présentes à cette rencontre nationale sur l’avortement, le ministre de la Santé a notamment dit : «L’avortement au Maroc est considéré comme un problème de santé publique, c’est l’une des priorités du ministère de la Santé en raison de ses conséquences néfastes sur la morbidité et la mortalité maternelles».
Le professeur Louardi a tenu a rappeler à l’assistance que l’avortement clandestin l’a toujours préoccupé alors même qu’il était encore coordonateur national du secteur santé du Parti du progrès et du socialisme (PPS). Le ministre de la Santé a mis en exergue les réformes que le Maroc a connues et qui ont concerné les volets politiques et de développement : «…Je cite essentiellement l’adoption de la nouvelle constitution depuis juillet 2011 qui a insisté sur un ensemble de droits, dont le droit à la vie qui est le droit premier de tout être humain, lequel droit est protégé par la loi (article 20), ainsi que la nécessité de mobiliser tous les moyens disponibles pour faciliter l’égal accès des citoyennes et des citoyens aux conditions leur permettant de jouir du droit aux soins de santé, à la protection sociale et à la couverture médicale (article 31)».
S’agissant de l’avortement clandestin,  le professeur Louardi  a précisé: «…L’avortement clandestin et le statut des femmes qui le subissent nous interpelle tous sur la problématique des grossesses  non désirées ou non programmées, et qui représentent une tragédie pour les femmes  qui ne sont pas prêtes  à en supporter les conséquences, en particulier dans le cas de viol, d’inceste, ou d’une mère célibataire. Cette situation  peut  conduire à des comportements  à risque  entrainant des complications  graves et parfois mortelles  contribuant  ainsi à l’augmentation de la mortalité maternelle  avec toutes les conséquences néfastes sur le plan social et économique…».

Des conséquences sociales très graves

Le ministre de la santé  a mis l’accent sur les conditions dangereuses dans lesquelles se déroulent ces avortements clandestins, et il a notamment  dit : «…Il convient de noter que les avortements  clandestins ont lieu souvent dans des conditions insalubres  qui ne respectent pas les règles les plus élémentaires de sécurité sanitaire. Ainsi, toutes ces femmes et jeunes filles qui subissent ces avortements clandestins s’exposent à des complications graves et parfois mortelles, car ces avortements clandestins ont souvent lieu dans des conditions insalubres qui ne respectent pas les règles les plus élémentaires de sécurité sanitaire. Les jeunes filles, les femmes, les mères célibataires par crainte des sanctions prévues par le code pénal en vigueur sur l’avortement, qui punit le prestataire, l’intermédiaire et la bénéficiaire de peines de prison (1 à 5 ans de prison) ont recours à des méthodes archaïques en utilisant des objets tranchants non stériles, des herbes toxiques, des médicaments inappropriés, ce qui aboutit à des complications sur la santé de la femme ou de la jeune fille. Ce qui conduit à des hémorragies sévères, des infections, des insuffisances respiratoires, et hépatiques entrainant souvent le décès de ces femmes.
Par ailleurs, a notamment dit le ministre de la Santé, «les grossesses non désirées et l’avortement clandestin ont des conséquences sociales très graves qui peuvent aboutir au suicide ou à un crime d’honneur ou à l’expulsion de la jeune fille du foyer familial avec toutes les conséquences qui découlent de sa situation dans la rue, avec abandon du nouveau-né…

Revisiter la législation en vigueur

Selon Louardi, «environ 65% des pays développés ont levé toutes les barrières à l’avortement  et la seule question de différence entre eux réside dans l’âge de la grossesse ou l’avortement  peut être pratiqué. Il en est de même pour certains  pays islamiques tels la Tunisie, la Turquie, le Kazakhstan  et l’Azerbaistan. D’autres pays islamiques ont travaillé sur la question de l’avortement et ont levé les obstacles pour certains cas particuliers, comme l’Iran en cas de viol, d’inceste  ou de malformation congénitale.

Au niveau national, le code pénal traite la question de l’avortement dans les articles 449 et 458  et ne permet l’avortement médical qu’en cas de nécessité de préserver la vie ou la santé de la mère  comme le précise l’article 453 , ce qui reste difficile à interpréter vu que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la santé comme étant un état de complet bien être physique, mental et social.

Ainsi, je peux dire que cette loi se trouve  aujourd’hui dépassée  et ne répond plus aux défis actuels de protection de la santé de la mère et ses droits reproductifs au Maroc. Aussi le deuxième rapport de l’enquête confidentielle sur les décès maternels de 2010 a montré que les complications de l’avortement sont responsables d’environ 4, 2 % de l’ensemble des décès maternels et de 5, 5 % des décès maternels secondaires à des complications obstétricales directes.

Le Maroc s’est inscrit dans toutes les initiatives internationales visant l’amélioration de la santé de la population en général, et la santé reproductive en particulier, notamment le programme d’action de la conférence internationale pour la population et le développement (CIPD) en 1994, qui représente le  premier accord international sur la relation entre le droit à la santé reproductive et les droits humains, et qui  a insisté  sur la nécessité de tenir compte des aspects physiques , mentaux  et sociaux  de la santé reproductives et sur l’importance capitale de cibler toutes les étapes du cycle de la vie , ainsi que le droit de tous, hommes et femmes, à la prise de décision en matière de santé reproductive.

La 57e assemblée mondiale de la santé tenue en mai 2004 a adopté la première stratégie de l’OMS relative à la santé reproductive qui vise  cinq priorités  dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive, dont la lutte contre l’avortement non sécurisé».

Mieux vaut prévenir, que guérir

«En vue de remédier à la problématique des grossesses non désirées et éviter les avortements clandestins, le ministère de la Santé met en œuvre un ensemble d’actions, essentiellement préventives, c'est-à-dire avant la survenue de la grossesse, ainsi que des mesures visant l’amélioration de la qualité de prise en charge des complications liées à l’avortement.

C’est d’abord la réponse aux besoins des  couples en matière de planification familiale, à travers la disponibilité gratuite de moyens contraceptifs  pour les femmes mariées et ce, à travers tout le territoire national. Ainsi le taux d’utilisation des méthodes contraceptives au Maroc se situe actuellement à 67,4%.
L’offre de prestations de consulting et d’éducation à la santé dans le domaine de la planification familiale au profit des femmes mariées. L’intégration des actions d’information, d’éducation et de communication en santé reproductive  au profit des adolescents  et des jeunes en partenariat  avec les départements gouvernementaux encadrant cette frange de la population

La révision des directives cliniques propres au programme de surveillance de la grossesse  et de l’accouchement, conformément aux recommandations de l’OMS  et du Fonds des nations Unies pour la population (UNFPA), et qui intègrent toutes les complications qui peuvent survenir durant la grossesse, l’accouchement et le post-partum, y compris la prise en charge des complications liés  à l’avortement  comme l’hémorragie, l’infection et les traumatismes utérins.

Cependant, malgré toute leur importance, l’efficacité  de ces actions reste insuffisante et segmentée, et concerne essentiellement les femmes mariées. Ainsi, en vue de remédier à cette situation, le ministère de la Santé est en train d’élaborer un plan d’action selon une vision globale et qui s’articule autour de trois axes d’interventions complémentaires.

1 / Le renforcement de la prévention des grossesses non désirées  à travers le développement de programmes d’éducation sexuelle et reproductive et qui appellent à la conjugaison des efforts de l’école, des parents, des organisations, de la société civile et de ceux du ministère de la Santé, et d’autre part la facilitation de l’accès à l’information sanitaire complète au profit de toutes les franges de la société, ainsi qu’à des services de  planification familiale de qualité.

2 / Faciliter l’accès des femmes victimes de l’avortement clandestin aux prestations de santé reproductives sans aucune crainte d’être poursuivies, avec l’amélioration  de la qualité de prise en charge des complications y afférentes.

3/ Révision du cadre légal et réglementaire relatif à l’avortement médical  pour répondre  aux besoins et aux défis actuels, et ce  dans le respect total des valeurs religieuses, éthiques  et culturelles propres  à notre pays, et conformément aux droits humains tels que reconnu  au niveau international.

Implication de tous les intervenants

Dans ce sens, le ministère de la Justice et des libertés travaille  actuellement  sur cet axe et il a organisé dans ce cadre plusieurs rencontres. La réussite de ce plan d’action spécifique au traitement de la problématique de l’avortement est tributaire de l’implication de tous les intervenants à toutes  les étapes  de sa conception, ainsi que de la conjugaison des efforts de tous  au moment de sa mise en œuvre. C’est dans ce sens que le ministère de la Santé a envisagé  l’organisation de cette rencontre  afin d’enrichir le débat autour de la question, comme première étape, qui sera suivie par la mise en place d’une commission nationale pour sa rédaction fiable…».

Tout au long de la journée, plusieurs intervenants ont pris la parole pour apporter leur contribution, enrichir ce débat national sur l’avortement qui est une grande première au Maroc, car c’est un débat ouvert entre le Ministère de la Santé et les différentes parties prenantes de la problématique de l’avortement au Maroc, notamment le ministère de la Justice et des libertés, des organisations des droits de l'homme, dont le Conseil national des droits de l’homme (Mohamed Essabar) , des groupes d'experts et de spécialistes nationaux dont Saad Eddine Othmani, Aicha  Echana, Nouzha Skalli, les organisations de la société civile actives dans ce domaine, ainsi que des représentants du Fonds des nations unies pour la population (FNUAP),  Mme Mieko Yabuta et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), des médecins des secteurs privé et secteur public, des journalistes de la presse écrite et audiovisuelle.

 

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