journal albayane

Rencontre débat du Forum Parité-Egalité sur la problématique de l’avortement PDF Imprimer Envoyer
Écrit par M’Barek Tafsi   

Sbai : le FPE réclame la légalisation de l’avortement

Me Almou : une nouvelle loi sur l’avortement s’impose


Le Forum « Parité-Egalité » (FPE), organisation parallèle du Parti du progrès et du socialisme (PPS), récemment mise sur pied pour renforcer les moyens de défense des causes de la femme, a organisé mercredi soir à Rabat, une rencontre-débat sur la problématique de l’avortement avec la participation de ses militantes, de sympathisants et de spécialistes.
C’est un sujet d’actualité qui interpelle le FPE et un parti comme le PPS qui a toujours fait par principe de la cause de la femme une des ses priorités, a indiqué le modérateur de cette rencontre, Mustapha Addichane, membre du conseil national du FPE.

Il s’agit pour le Forum d’approfondir la réflexion dans le but de contribuer au débat en cours sur la question, depuis le symposium international, organisé la semaine dernière par le ministère de la santé sur la question, et ce dans l’objectif de parvenir à des propositions pertinentes à présenter pour l’élaboration d’amendements à la hauteur des défis que soulève notamment l’avortement non médicalisé dans des conditions clandestines, mettant en danger la santé de la mère.

Prenant la parole, Fatima Rabouj, membre du secrétariat du Collectif pour le droit à la santé au Maroc a d’emblée insisté sur la nécessité pour le pays de promouvoir l’éduction sexuelle des femmes et des jeunes en particulier pour permettre de développer la prévention des grossesses non désirées à travers l’utilisation du stérilet, de la pilule du lendemain et d’autres moyens scientifiques testés avec succès ailleurs.

C’est à travers la prévention que l’on parviendra à réduire le recours à l’avortement, a-t-estimé, ajoutant que le pays se doit de respecter ses engagements internationaux concernant notamment le droit de la femme à la santé en particulier dans le cas où elle décide d’interrompre la grossesse.

C’est à elle seule de décider, sachant qu’il n’y a pas de femme qui décide d’avorter de son propre gré, a-t-elle expliqué, notant que la légalisation de l’avortement et le développement de la contraception sont de nature à faire diminuer le recours à l’avortement comme le montrent les statistiques dans les pays musulmans et non musulmans ayant légalisé l’avortement.

Pour la coordinatrice du Forum Parité-égalité, Fatima Sbaï, son organisation ne peut pas rester dans l’expectative alors qu’on a fixé au débat public en cours un seul mois de consultations pour aboutir à des projets d’amendements de la législation relative à l’avortement et éradiquer le fléau de l’avortement clandestin aux conséquences dramatiques sur la santé de la femme.

Pour les militantes et militants du Forum, a-t-elle dit, le message à faire passer est celui de leur parti, qui a toujours soutenu et par principe le droit de la femme à l’avortement et à la légalisation de cette pratique, pour lutter contre sa clandestinité aux conséquences dangereuses sur la santé de la femme et sa place dans la société, une légalisation tenant compte des spécificités sociétales marocaines en accord avec l’évolution du pays.

Tous les acteurs concernés sont donc désormais invités à faire des propositions pour éradiquer ce fléau, a-t-elle ajouté.

Pour sa part, Me Almou Mohamed, spécialiste invité par le Forum, a présenté un exposé sur les articles 453 à 458 du code pénal, traitant de la problématique de l’avortement selon une vision, a-t-il dit,  qui refuse à la femme son droit de disposer de sa vie sexuelle ou de son droit d’interrompre sa grossesse.

Seule la femme mariée est concernée à l’exclusion des autres femmes : célibataire, victimes de viol et d’inceste, malade mentale, a-t-il précisé, ajoutant que les textes en présence sont dépassés par l’évolution de la situation et l’augmentation du nombre croissant des avortements clandestins ou pas.

Selon lui, l’adaptation de la législation traitant de la question est devenue un impératif incontournable pour répondre aux besoins de la société et respecter les engagements du pays aux termes des chartes et conventions internationales relatives à la protection de la santé de la mère.

Il est bien sûr évident de légaliser l’avortement en cas d’inceste, de viol ou de malformation du fœtus, mais il est aussi nécessaire de mettre fin au drame des enfants « illégitimes » en modifiant la législation relative à la reconnaissance de l’affiliation légitime seulement pour permettre aux enfants nés d’une relation consentante en dehors de l’institution du mariage de bénéficier d’une reconnaissance du père et partant de tous les droits qui en découlent, a-t-il suggéré.

C’est en limitant la problématique de l’avortement à la seule femme mariée à l’exclusion de tous les autres cas, que le législateur encourage de manière implicite la pratique de l’avortement clandestin, en poussant la femme à opter pour des solutions alternatives extrêmes, a-t-il estimé, soulignant qu’il est recommandé à présent non seulement d’amender la législation existante mais d’élaborer une nouvelle loi concernant le sujet.

Ce qui a fait dire à une sympathisante présente dans la salle que l’avortement clandestin est devenue une affaire juteuse ayant permis à des praticiens de ramasser des fortunes colossales et de devenir de grands propriétaires terriens et de fermes. C’est surtout à cette catégorie que profite le maintien de l’avortement clandestin, a-t-elle affirmé, avançant que les observateurs parlent de quelque 800 avortements par jour, malgré le fait qu’il s’agit d’une affaire clandestine qui se pratique loin des regards et donc difficile à cerner.

D’autres participantes et participants au débat qui s’en est suivi ont souligné la nécessité pour le FPM de suivre de près l’évolution du débat en cours, d’intensifier ses actions pour être à la hauteur des ambitions du parti et de la femme marocaine dans ce domaine et d’élaborer pour ce faire des propositions concrètes.

Régissant aux réflexions exprimées et surtout à la plateforme présentée par Me Almou, quantité de membres du Conseil national du FPE, venus (es) de différentes régions du pays ont souligné que les amendements réclamées de la législation traitant de l’avortement sont devenus une nécessité pout tenir compte de l’évolution de la situation sociale et de l’aspiration de la femme marocaine à disposer de l’ensemble de ses droits. Ils ont également insisté sur l’éducation sexuelle des jeunes en tant qu’instrument de prévention des grossesses accidentelles non désirées ainsi que sur la nécessité de ne plus priver les femmes de leur droit d’accès aux soins qu’elles que soient les circonstances et de militer pour le respect par le Maroc de ses engagements internationaux en la matière.