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Un défi d’actualité malgré la croissance PDF Imprimer Envoyer
Actualités
Écrit par Anne-Emilie Arnault   

Le secteur informel au Maroc

Plusieurs économies en développement souffriraient d’un renforcement de leur secteur informel. L’Afrique, l’Asie et l’Amérique du sud seraient particulièrement touchées. D’après l’Organisation internationale du travail, la contribution de cette sphère oscillait il y a quelques années entre 25 et 50% du PIB ouest-africain.

Le Maroc, bien qu’ayant une économie catégorisée comme développée, abrite également un secteur informel important, estimé en 2007 à 14,3%du PIB. Cette année-là, le Haut commissariat au plan publiait une enquête sur l’informel, laquelle ne reprenait pas les activités illicites. Dans cette étude, le HCP attestait que le chiffre d’affaires croissant du secteur s’élevait à 280 millions de dirhams dont 77% pour le commerce. Il faisait état de 1,55 million d’unités de production dans le secteur. Le commerce dépassait 57% ; les services suivaient avec 20%. Quant à l’industrie, elle représentait 17,2%. Plus de 37% de l’emploi non agricole évoluait dans le SI. 72% de l’informel se trouvaient en milieu urbain. En 2007, 2,22 millions de postes existaient dans le SI et le commerce concentrait plus de la moitié des emplois dans le secteur. Enfin, dans 75% des cas, les unités de production ne comptent qu’un employé. Le commerce et la réparation avait particulièrement la cote.

Les travailleurs du secteur informel exercent «dans des conditions d’extrême précarité», explique Rajaa Mejjati Alami, chercheur indépendant et docteur en Economie du développement, au journal Al Bayane. «Il y a une très grande hétérogénéité. Certaines catégories tirent des revenus corrects mais elles ne sont pas majoritaires. Les emplois sont vulnérables, non stables. Les travailleurs n’ont pas accès à la sécurité sociale ni à une couverture médicale».

Si le secteur informel permet à des citoyens de survivre, il ne fournit pas d’opportunité de développement. Malgré les inconvénients du SI, les études menées dans les années 2000 ont révélé que ce secteur s’étendait. «Pour expliquer l’expansion du SI, il faut prendre en compte le contexte macroéconomique, historique et global dans lequel ce secteur se trouve. Les modèles de développement mis en avant par le Maroc ces dernières décennies ont créé relativement peu d’emplois. A cela viennent s’ajouter l’urbanisation importante, l’exode rural, la montée de la pauvreté dans les années 80 et 90 bien qu’elle soit en recul actuellement, les processus d’ouverture, la mondialisation, l’ «informalisation» du formel découlant de la baisse de la protection sociale, entre autres.» La protection sociale, en faiblissant, a poussé les Marocains à chercher eux-mêmes à subvenir à leurs besoins sociaux, notamment par le secteur informel. Pour le chercheur, auteure du livre ‘Le secteur informel au Maroc’, la montée de l’auto emploi est pour sa part liée à «un impératif de survie face à la pauvreté».  «Ce qui est surtout intéressant, c’est que le commerce et le service, qui n’exigent pas un énorme capital ni de grandes compétences, se consolident dans ce secteur en hausse».

La création récente de la fonction de ministre chargé des petites entreprises et de l’informel va-t-elle changer la donne ? «Pour le moment, il n’y a pas eu assez d’actions. Elles sont très ponctuelles et n’ont que peu d’envergure. Le micro crédit et le micro entreprenariat luttent plutôt contre la pauvreté. Il n’y a pas vraiment de reconnaissance explicite de l’informel.» En 2014, la loi de finances instituait un dispositif fiscal ‘en faveur de l’auto entrepreneur’, complété par des dispositions de la loi de finances 2015. Pour Rajaa Mejjati Alami, ces décisions ne doivent pas représenter qu’un relais fiscal. « Oui, il faut gérer l’informel qui transgresse la fiscalité et la réglementation étatique, mais il n’y a pas que ça. Il faut aussi gérer les petits commerçants pour qui l’informel n’est pas un choix. Ceux-ci ne se cachent pas ; ils ne font pas de calculs ; ils sont connus des pouvoirs publics. Ils ne transgressent pas délibérément la législation. Toute politique devrait accompagner les plus petits : lever les contraintes de capital, de crédit bancaire ; lever la contrainte de marché ; assurer une protection minimale pour les travailleurs.» Le professeur préconise par exemple une fiscalisation progressive non forfaitaire ou encore une facilitation de l’accès à la formation. Le nouveau statut de l’auto entrepreneur devrait permettre de fournir des réponses de ce type. «Il faut aussi des mesures spécifiques ciblant les femmes, qui travaillent souvent à domicile, et les enfants, les moins de 18 ans. C’est en prenant compte des différentes catégories du SI et en les intégrant qu’on va pouvoir régler le problème».

 

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