A défaut de convaincre de sa gestion, le conseil de la ville a donné le 24 mai la ferme impression qu’il a un sens aigu de l’initiative opportune. Sous le thème de comment faire de Rabat une ville inclusive, son 1er forum sur les grandes questions qui agitent la population posait cette question d’une double actualité : quelle politique de la ville répondant aux attentes des jeunes ?
Intérêt double parce que les attentes des R’batis font antichambre depuis toujours et aussi, parce que parler des jeunes après le 20 février est de bon ton. Alors pour ne pas demeurer en reste : «la ville de Rabat, est-il écrit dans la présentation du forum, veut être à l’écoute de son «mouvement des jeunes», expression d’un appel de cette jeunesse à assumer son destin, à vivre sa dignité».
De cette écoute, Rabat espère réduire les poches de pauvreté dans lesquelles une partie des jeunes vit dans la précarité. Car, estiment les conseillers de la ville, ce qui a été entrepris avant est insuffisant. Insuffisantes, pour cause d’absence de spécificité, les mesures d’accompagnement des programmes nationaux. Insuffisantes également les réalisations conduites par la ville pour son propre compte. Il faut donc tout repenser. Et pour se garder des erreurs d’antan, il faut à rebours de ce qui a été fait avant, entreprendre dans le cadre d’une vision spécifique. D’où l’importance du plan communal de développement qu’ils disent être en cours de préparation. Selon ses promoteurs, il répond à une question essentielle : sur quelle voie s’engager «pour se doter d’une véritable politique inclusive envers les jeunes ?» Inclusive pour agrégationniste ou si l’on veut qui intègre les nouvelles générations. En réponse à ces sollicitations, la ville doit innover. Comme d’être plus à l’écoute des besoins spécifiques des jeunes, de les associer plus étroitement à la vie du quartier et de les inciter à se prendre en charge. Il lui est également prescrit de tisser les relations de partenariat les plus fécondes avec le secteur privé dans les centres de réhabilitation et d’appuyer les associations des jeunes. Car voilà bien la clef de voûte de tout le système : le tissu associatif. Avec lui tout est possible, sans lui rien n’est fait. Proche des gens, bien implanté dans les quartiers, il est incontournable dans le social. A condition qu’on lui donne les moyens de sa politique. Or, rien n’est moins sûr que cette dotation de moyens. Le sujet est si controversé qu’il a encore divisé dernièrement les membres du conseil. Que cette querelle concerne des conseillers d’un même parti n’ôte en rien au sérieux de l’affaire. Avant que les sensibilités partisanes ne la déballent sur la place publique, l’affaire faisait déjà jaser dans les couloirs du conseil : quand par miracle elles sont aidées, les associations ne sont pas logées à la même enseigne. Outre qu’il y a là matière à exclusion, il y va également de la dignité de ceux qui en sont les victimes
Point de mire
Carte électronique
Les entrées des commissariats où sont engagées les procédures d’obtention de la carte électronique ressemblent de plus en plus à des consulats européens, en année de chômage extrême. Pris d’assaut par des centaines de demandeurs de CIN améliorée, les centres de police de Salé, de Rabat et de Temara croulent sous le nombre des solliciteurs. Comme en ce qui concerne les délivrances de visas européens, certains candidats n’hésitent pas à camper devant les bureaux – pourtant fermés- dès poltron minet. Munis des documents requis, mais aussi de couvertures, de casse-croûte et de bouteilles d’eau, ils s’installent devant les commissariats durant des heures, attendant un tour qui parfois ne vient qu’aux extrêmes limites du supportable. Alors forcément dans ce face à face qui dure trop longtemps dans le tumulte et l’énervement, les relations entre les agents et les demandeurs de carte électronique en prennent un coup. Coups de gueule des uns, réponses sur le même ton des autres, la tension est parfois si forte que l’une ou l’autre des parties préfère décrocher plutôt que d’aller à la confrontation déclarée. Exaspérés, des agents ont ainsi osé fermer boutique. Enervés, des candidats à la carte ont préféré laisser tomber plutôt que de subir les brimades des policiers. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : de tensions et de dangereuses dérives. Traités au mieux avec condescendance, souvent avec arrogance et parfois même avec rudesse, des citoyens balancent entre leur droit à la dignité et ce qu’ils doivent de respect corps constitués. Et du coup, voilà qu’est remise en question la généralisation de la carte électronique à l’orée de 2012. Et c’est là l’enjeu final de cette partie de déplaisir qui se joue actuellement dans les commissariats. Au train où vont les choses et étant donné leur croissante détérioration, surgira la question des délais plus vite qu’on ne croyait. La carte électronique sera-t-elle chose commune en seulement sept mois ? La réponse dépend de ce que le ministère a dit qu’il allait faire pour alléger la tension qui prévaut entre demandeurs et livreurs de la carte. A une de mes questions sur le sujet, de hauts responsables de l’intérieur se sont dits attentifs à la tournure prise par les événements. Le ministère va prendre des décisions tendant à fluidifier le flot des demandeurs et à favoriser sérénité et bonne entente dans les services à la carte. Que seront ces « mesures de facilitation des procédures » ? Sans doute l’ouverture de centres nouveaux afin de réduire la pression exercée sur ceux qui existent déjà. Sans doute aussi des jours ouvrables additionnels. On ne sait. Ce qu’on sait par contre, c’est que la carte électronique étant le sésame qui donne accès au vote, c’est l’enjeu démocratique qui est en question. Alors, il serait mal venu que les premières législatives du Maroc post-réformes constitutionnelles n’atteignent pas leurs objectifs de renouveau pour cause de mauvaise grâce de la police. Ce n’est déjà pas bien de matraquer les gens dans la rue…alors passer pour vouloir réserver le même sort aux élections…
Ahmed Laâroussi
Pignon sur rue
Construction avec barreau
Une société de construction espagnole s’est déclarée victime de fraude après que le maître d’ouvrage qui lui avait commandé des habitations privées s’est désisté en cours de chantier. L’objet du litige se trouve à Sala Aljadida, l’inénarrable projet de ville satellitaire qui a tourné en eau de boudin pour ne devenir qu’un amas d’immeubles perdus au milieu de nulle part. Alors que la société a engagé les frais de dossier annonçant les travaux, son commanditaire l’a priée d’arrêter tout sans même manifester la volonté de la dédommager de ses débours. L’affaire serait anodine si ce n’est que c’est le barreau de Rabat qui a passé commande des habitations de Sala El-Jadida. Difficile à la société de trouver avocat pour défendre sa thèse dans la capitale.
Chères enchères
Quelque 500 habitants de la cité Wifak dans la ville de Temara risquent de voir leur toit leur tomber sur la tête. Ayant acheté des appartements à un promoteur du cru il y a quelques années, ils sont aujourd’hui sommés de les évacuer dare-dare, lesdites habitations devant faire l’objet d’une vente aux enchères. L’indélicat promoteur avait hypothéqué la cité auprès de ses créanciers. Oui, mais pourquoi faire payer ceux qui n’y sont pour rien, commente t-on dans les cafés de la ville ? On ne sait. Toujours est-il que ceux qui ont enregistré leurs acquisitions devraient pouvoir faire opposition à la procédure de mise aux enchères.
Les à-coups du tram
A peine mis sur les rails, le tram a déjà des ratés. Les usagers des premiers jours ont dit leur exaspération de le voir s’arrêter en pleine course, brusquement en les envoyant parfois valdinguer les uns contre les autres. Alors, eux à qui on a sonné les cloches des mois à l’essai du tram, ils ne comprennent pas que ça ne marche pas bien. Il devrait pourtant. Le tram étant le petit frère du train et celui-ci éprouvant un malin plaisir à s’arrêter pour un oui ou pour un non en rase campagne…la voie est toute tracée.
Staréo devant le tribunal
Au-delà du 30 juin, Staréo ne sera plus responsable du transport urbain sur le territoire de la Wilaya. Si d’ici là elle reste toujours en lice pour assurer le service, c’est sous la férule du tribunal de commerce qui s’est saisi de son affaire de cessation de paiement. Comme le temps presse, les conseils des villes envisagent de se réunir en session extraordinaire pour examiner la marche à suivre. Mais seul le conseil de la ville de Rabat a laissé envisager une telle perspective et s’est déclaré en faveur d’une société nouvelle. Celui de Salé a les plus grandes difficultés à se faire une opinion.
Services publics Le grand écart
A Salé, la délégation de la CNSS du quartier de Bettana exige de chaque requérant, quelle que soit par ailleurs la nature de sa demande qu’il produise photocopies de sa CIN et de sa carte d’affiliation. A Sala Aljadida, les employés du bureau de poste renvoient souvent les porteurs de chèques pour des causes futiles…ailleurs, les pièces constitutives du même dossier varient d’une commune à l’autre. Partout l’administré est en butte à l’incompréhension devant l’humeur changeante des administrateurs locaux. Alors, comme cet habitant de Tabriket exaspéré par les tergiversations de son interlocuteur, on se pose la question : qu’est ce qui fait que l’administration est d’humeur changeante sur le territoire de la Wilaya de Rabat- Salé-Zaier-Zemmour? « Je ne comprends plus du tout. Sommes- nous en rapport avec une ou plusieurs administrations? Pensez donc qu’une simple légalisation ne se fait pas suivant la même procédure selon qu’on l’engage à Hassan ou à El Karia, dira t-il en laissant éclater sa colère. » Mais, à Rabat aussi les choses ne sont pas uniformes. Du quartier d’Hassan ou de celui l’Agdal à Youssoufia, il y a tout autant que du centre de Rabat aux marches de Salé. «Je ne crois pas que ce soit simplement une question de quartier, affirme cet habitant de Rabat. C’est proprement de la ségrégation faciale. Ils savent que les habitants des quartiers populaires n’ont pratiquement pas de voie de recours contre leurs agissements, alors ils en profitent». Voilà déclarée la question de fond : comme l’occasion fait le larron, c’est encore elle qui fait le baron. Car souvent l’employé infatué reste livré à ses propres lubies, son supérieur hiérarchique étant systématiquement aux abonnés absents. Alors, comme on dit, quand le chat n’est pas là, les souris dansent. Et elles n’ont pas fini de danser les petites souris de l’administration dite de proximité car, à part les doléances présentées à un fantomatique supérieur, nulle autre voie de recours. « Je me suis laissé tenté par l’écriture à la direction générale d’une administration pour me plaindre du comportement d’un commis aux écritures et j’y avais tellement cru que je lui adressée une dizaine de lettres. Jusqu’au jour où le hasard m’a fait rencontrer un employé cette direction qui m’a déclaré qu’on ne lisait même pas ce genre d’écrits et qu’on les envoyait souvent à la poubelle sans même les décacheter ; alors j’ai cessé de croire à tout ça, me dit désabusé ce Slaoui.» Or donc si l’impunité est la source de tous les maux à quoi sert cette voie hiérarchique qui est censée sévir contre tout manquement au devoir ? « A pratiquement rien, dit ce retraité de l’enseignement pour qui le supérieur hiérarchique ne tentera rien contre son subordonné de peur de se mettre à dos son syndicat. Et pour avoir vu des proviseurs baisser la tête devant les dépassements les plus révoltants, je sais de quoi je parle. » Mais il n’y a pas que dans l’administration publique qu’on fait lecture personnelle des règlements. Dans le privé aussi on ne s’en prive pas. Sauf que là la sanction ne dépend pas du supérieur, mais de soi même. Si tous les gars du monde voulaient changer de crémerie, on n’en serait pas là.
A.L
A chaque jour suffit sa peine...

L’une des raisons qui ont amené les conseils des villes à déléguer la gestion de certains services publics est, dit-on, le transfert de technologie. Cette photo montre que ce transfert peut aussi se faire dans le sens opposé. La société concessionnaire qui emploie cet ouvrier a vite appris qu’une palme est le produit d’une technologie avancée et qu’elle peut aspirer au statut de balai. moderne.
(Photo Laaroussi)
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