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journal albayane

L’Europe et nous … PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Par Driss AISSAOUI   
Le printemps arabe a provoqué un véritable séisme dans la perception des rapports de force et les équilibres géostratégiques dans la région. L’Union européenne et certains pays européens comme la France ont été pris de court par la nature et la vitesse de l’occurrence des soulèvements populaires emportant au passage des dictatures qui semblaient indécrottables. Les stratèges ont découvert, avec stupéfaction, comment la rue arabe a pu aller au-delà de la demande de démocratisation émanant de nos voisins du nord. L’effet de démonstration de ce cet élan de démocratisation n’a  pas épargné l’Europe elle-même. La jeunesse espagnole, sous la pression d’une crise économique acerbe, réunie dans le cadre d’un mouvement dit des «indignés», a choisi de battre le pavé pour dire son désespoir face à une situation de blocage et de manque d’horizons aux plans social et économique.
Nous savions que la région MENA occupe une place centrale dans les tableaux de bords stratégiques du vieux continent, mais aujourd’hui et à la lumière de ces développements, l'Union européenne a décidé de se doter d'un émissaire spécial pour l'Afrique du Nord afin de densifier sa politique dans la région et tenter d'accroître son influence dans le contexte de ces  mutations rapides.
Un profil est déjà trouvé pour cette mission hautement stratégique, il s’agit de Bernardino Léon, haut conseiller en matière de politique étrangère au sein du gouvernement espagnol.
La mission de cet émissaire spécial concernera la Tunisie, le Maroc, l'Egypte, la Libye et l'Algérie.
Il aura pour mission urgente d’enclencher un dialogue opérationnel entre les forces religieuses et laïques en Tunisie et en Egypte dans le cadre de la transition amorcée depuis cet hiver.
C’est de cette manière que l’UE a choisi d’apporter une réponse stratégique aux transformations de fond que cette région est en train de vivre. Les canaux classiques de la diplomatie européenne ainsi que les différents programmes ad-hoc dans le cadre d’une approche de la politique méditerranéenne de l’Europe ont, à certains égards, montré leurs limites objectives.
Le processus de Barcelone a été confronté aux difficultés de lisibilité de la composante politique des relations euro-méditerranéennes. L’Europe a compris qu’un mode opératoire pour asseoir une politique de paix et de stabilité dans la région ne se décrète pas.
Cela ne peut se faire sans clarification de la politique méditerranéenne de l’Europe loin des réflexes coloniaux et en lieu et place traiter les pays de la rive sud de la mer intérieure comme des partenaires à part entière. L’Europe devra aussi en finir avec l’usage de la politique des deux poids deux mesures quand il s’agit d’apprécier la nature des régimes en place dans la région. La mesure des avancées et des reculs dans les processus de démocratisation dans ces pays devrait relever d’une analyse concrète des expériences, chacune prise séparément en fonction de son contexte propre.
La démocratie ne saurait être dictée à coups de conditionnalités en contrepartie  d’aides financières. Elle devrait être l’émanation des aspirations des peuples de cette région comme l’a démontré le «printemps arabe».