Le professeur Arraichi recadre les petits partis politiques Imprimer
Actualités
Écrit par A-E A   

Débat sur l’antenne de Luxe Radio

«La crise de crédibilité de la politique, extrêmement importante auprès des jeunes, est surtout due aux grands partis car ils ont le plus d’exposition publique». Tel est le point de vue défendu  par le professeur Rachid Arraichi sémiologue, stylisticien et analyste de discours, coordinateur du master «la communication politique», à la faculté des sciences juridiques économiques et sociales FSJES, Université Hassan II - Ain Chock Casablanca  au cours du débat sur «les petits partis politiques au Maroc», animé sur Luxe radio jeudi 19 mars 2015. Sur le plateau il y avait certains chefs de petits partis politiques. Al Bayane, qui a suivi cette émission, fait le point sur l’intervention du professeur Arraichi.

«La crise de crédibilité de la politique, extrêmement importante auprès des jeunes, est surtout due aux grands partis car ils ont le plus d’exposition publique», souligne  le professeur Rachid Arraichi à l’émission de débat sur «Les petits partis politiques au Maroc». C’était sur les antennes de Luxe Radio, le jeudi 19 mars 2015. Pour le professeur, l’on ne peut pas parler de communication politique sans parler des médias. «Comment se servir des médias pour séduire les électeurs ? Voilà la question que tous les partis doivent se poser. Il faut faire du marketing avec les programmes. La communication directe peut fonctionner, mais il faut aussi utiliser les médias, voire d’autres formes de communication», martèle le professeur Arraichi. Certes, la représentation, plus ou moins conséquente, des partis dans les médias rend ceux-ci plus ou moins légitimes aux yeux du citoyen. Toutefois, fait remarquer Rachid Arraichi, c’est l’héritage politique des partis qui légitiment véritablement ces derniers auprès des citoyennes et des citoyens. «Comment certains partis politiques ont-ils vu le jour ? Prenons les verts, par exemple, qui commencent à conquérir le parlement. Comment y parviennent-ils ? Il faut examiner les conditions qui permettent aux partis de réussir»

«A défaut de pouvoir bénéficier de financements, les petits partis peuvent-ils jouer la carte des idées ?», s’interroge l’animatrice de l’émission. «On remarque une uniformisation idéologique. Nous sommes dans le capitalisme. Il est impossible de penser autre chose. Il est donc difficile de départager des programmes, qui sont souvent juste formulés de manière différente. Il faudrait dès lors travailler sur le candidat à proposer. Celui-ci devrait avoir du crédit. Il pourrait ainsi facilement remporter la confiance des gens. Il séduirait dans le sens où il fédérerait : il ferait en sorte que les citoyens adhèrent à ses idées», formule Rachid Arraichi. Toutefois, le sémiologue  ne croit pas, par ailleurs, que le Maroc s’encombre de petites formations, la plupart issues de scissions des grands partis. «La pluralité et le pluralisme politique se retrouvent dans beaucoup de pays considérés comme des références en matière de démocratie, comme la France, la Belgique ou encore la Turquie», explique-t-il. Quant à savoir si les petits partis ont des idéologies qui leur sont propres, le professeur met en perspective : «Tout le monde s’accorde sur le fait qu’il doit y avoir une moralisation de la politique. Tous les partis partagent certaines idées communes. Maintenant, pour moi, les partis doivent se distinguer en exprimant clairement leurs idées, à travers une communication politique réfléchie. Tous les politiciens ne sont pas égaux à ce niveau : tous ne possèdent pas de bonnes capacités à communiquer. Un parti peut avoir un programme excellent mais ne pas être capable de le faire valoir. Aujourd’hui, c’est sur ce plan technique que les petits partis doivent travailler pour se démarquer. Beaucoup investissent dans les réseaux sociaux, mais encore faut-il avoir les moyens de s’en servir efficacement», a-t-il souligné. Le professeur élargit ses réflexions à tous les partis actifs sur la scène politique. Les petits et grands partis ont, d’après lui, des enjeux semblables. «L’enjeu ultime est de redonner à la vie politique son crédit», affirme-t-il. «Le choix du candidat est important. La séduction ne doit pas être perçue de manière péjorative : un candidat joue un rôle qui doit permettre à l’électeur de s’identifier aux idées du parti.» Rachid Arraichi concède que la tâche est plus ardue pour les petits partis, étant donné qu’ils ne bénéficient pas d’expérience d’exercice du pouvoir pour crédibiliser leurs propos. « Mais le leadership des candidats doit compenser. Ces candidats doivent porter les valeurs du pays, du peuple, du parti. Pour ce faire, ils doivent d’abord obligatoirement ressentir sincèrement ces valeurs», a-t-il précisé.

Rachid Arraichi conclut sur une note positive. D’après lui, les petits partis politiques ont de l’avenir et leur place au Maroc dans le cadre de la pluralité et du pluralisme.