«Les entreprises bénéficient vraiment de l’assistance météorologie» Imprimer
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Écrit par A-E. A   

Abdallah Mokssit, directeur de la Météorologie nationale

Dans le cadre de la journée mondiale de la météorologie, la direction de la météorologie nationale a tenu une rencontre avec les médias, le 23 mars 2015, à Casablanca. Al Bayane a posé trois questions à A. Mokssit, directeur de la Météorologie nationale.

Al Bayane : A sa création, le programme Al Ghait (ndlr : projet de modification artificielle du temps, lancé en 1984 en partenariat avec des scientifiques américains et soutenu par l’USAID) avait pour but de modifier artificiellement le climat à l'aide d'avions, notamment. Pouvez-vous rappeler pourquoi il a été mis en place ? Et aujourd'hui, quelles sont ses répercussions ?

Abdallah Mokssit : Le programme a été lancé dans les années 80 par Hassan II, suite à la sécheresse généralisée. Il avait pour buts la recherche et l'étude, d'une part, et la mondialisation de la météorologie nationale via des données, de l'autre. Comme cela se fait aujourd'hui encore, ces modifications fonctionnent de manière continue sur une zone cible, celle sur laquelle on veut travailler, en prenant en compte une zone témoin, qui a des caractéristiques similaires au résultat que l'on veut obtenir. Après un des premiers programmes, de cinq ans, on a remarqué que les zones traitées obtenaient en moyenne entre 14 et 17% de précipitations en plus. On a fait attention à l'utilisation de ces précipitations : quel part sert à l'eau potable, à l'hydroélectricité et à l'irrigation ? Nous avons chiffré les pourcentages d'augmentation en dirhams également et le Maroc était clairement gagnant.

Quel type d'informations transmettez-vous concernant l'Afrique du Nord, notamment ?

Nous réalisons des prévisions. Nous fournissons des données sur les modifications. Par ailleurs, nous transférons des compétences et de l'assistance. Suite au programme Al Ghait, par exemple, le Burkina Faso et le Sénégal nous ont demandé d'intervenir chez eux. La météorologie a donc commencé à jouer un rôle international. Dans ces pays au climat tropical, l'impact de ces modifications est directement visible, contrairement au Maroc, ce qui a renforcé l'impact diplomatique de ce programme. Au Mali, nous avons aidé les autorités à implémenter leur propre programme. Au Niger, nous avons mené des études. Nous prodiguons également de l'assistance en météorologie maritime. Quant à l'Afrique du Nord, les bailleurs de fonds tels que le FMI ou encore la Banque mondiale nous demandent d'y conduire des études de vulnérabilité, directement liées aux changements climatiques.

Pourquoi les entreprises privées font-elles appel à vous ?


Honnêtement, parfois, je me pose moi-même la question (rires). Mais en fait, cela m'importe peu, du moment qu'elles paient ce qu'elles nous doivent (il rit à nouveau). Bon, sérieusement, prenons le cas de Coca-Cola. Je pense que nos prévisions leur permettent de réguler leur production. S'il y a une vague de froid, les clients consommeront moins de boissons. S'il y a une vague de chaleur, à l'inverse, ils en consommeront plus. Donc, la société peut gérer plus facilement ses stocks. Pour Bank Al-Maghrib, savoir s'il va pleuvoir ou non peut jouer sur la conjoncture, sur les rapports de paiement, sur l'agriculture... Certains nous disent parfois qu'ils peuvent avoir toutes les informations gratuitement sur le web. Je leur réponds que si une grue tombe sur un de leurs bateaux à cause de vents forts et tue des personnes, qui vont-ils tenir pour responsable ? Un site qui ne leur doit rien ? Je vous assure qu'ils signent alors pour cette assistance qui coûte jusqu'à 600 millions de dirhams.

Comment réalisez-vous vos prévisions ?

Il y a les prévisions immédiates : quel temps va-t-il faire dans les prochaines heures ? Nous utilisons les radars, les stations, les satellites pour les établir. Viennent ensuite les prévisions à trois jours, effectuées suivant des modèles internationaux comme AROME, ALADIN. Nous réalisons des prévisions à moyenne échelle également, qui peuvent aller jusque dix jours. Pour celles-ci, nous collaborons avec le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyenne échéance. Enfin, nous émettons aussi des prévisions mensuelles et saisonnières, beaucoup moins fiables évidemment. Elles vont jusqu'à trois mois et ce sont plutôt des indications : normal ; en dessous de la normale ; au-dessus de la normale. Il est dur de prévoir à long terme. Dans certaines régions du Pacifique, mer qui s'étale sur la latitude (ndlr : Est-Ouest), c'est plus facile car il y existe un lien entre la température à la surface de la mer et la circulation atmosphérique. C'est comme si vous chauffez une grande piscine. L'eau va mettre du temps à se refroidir. Cette anomalie de température persiste et met entre 6 et 8 mois pour revenir à la normale, pour se résorber. L'Atlantique s'étalant sur un axe Nord-Sud, les prévisions se retrouvent généralement plus compliquées.