Un combat quotidien et une affaire de tous Imprimer
Écrit par M’Hammed Grine*   

Lutte contre la culture de la haine

A un moment où l’on assiste à une montée sans précédent de la violence dans pratiquement tous les espaces publics du pays, de la rue au Parlement en passant par les universités, les partis politiques, les associations,… «L’Espace de Dialogue Démocratique» vient d’organiser le 4 février 2015 à la Bibliothèque Nationale de Rabat, dans le cadre de ses rencontres mensuelles, le premier mercredi de chaque mois, une table ronde sur le thème de la culture de la haine et à laquelle ont pris part des intellectuels de divers horizons et spécialités : pédagogues, enseignants, chercheurs, académiciens, artistes, acteurs politiques et associatifs, militants pour les droits humains,…

Cette rencontre a connu un franc et riche débat qui a permis de passer en revue les différentes expressions et manifestations de la culture de la haine, tant au niveau national qu’international ; ainsi que les moyens de la combattre et de promouvoir les valeurs de tolérance et de respect de l’autre.

Au niveau international, l’on assiste pratiquement au même phénomène, la culture de la haine portée par le discours de la xénophobie, de la stigmatisation, du mépris et de la diabolisation de l’autre se répand comme un feu de paille,  dans une escalade infernale où les extrémismes de tous bords s’alimentent mutuellement,  prenant en otage la communauté humaine et portant de graves atteintes au corpus universel des droits humains.

L’un des points d’entrée pour combattre cette culture de la haine, au niveau international,  réside dans le respect mutuel entre les nations, les peuples, les communautés, les religions et les croyances. Mais ce respect mutuel est  systématiquement remis en cause sous le prétexte de la liberté d’expression et d’opinion. La liberté d’opinion est, certes, l’un des droits humains fondamentaux consacré par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dans son article 17, mais elle ne doit pas s’exercer dans l’absolu et en dehors du respect des autres libertés et droits consacrés par cette même Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, notamment par  ses articles 1 et 18 qui consacrent respectivement le droit à la dignité et le droit de croyance.

Au Maroc, la culture de la haine  est de plus en plus diffuse dans la  société à travers le développement de la violence dans ses différentes formes, symbolique, verbale et physique, et qui touche toutes les sphères de la vie sociale y compris les espaces qui sont censés être des lieux de dialogue et de tolérance comme les médias, les instances élues, les associations, les partis politiques, les syndicats, les universités, le parlement, … et ce, dans une passivité quasi collective, noyée dans une sorte de fatalisme, aboutissant à une  normalisation tacite et démissionnaire par rapport au phénomène, comme si c’était quelque chose de naturelle dans notre société, où la violence physique prend des proportions de plus en plus alarmantes dans la famille, la rue, les transports publics, les stades, les manifestations revendicatives, voire dans des spectacles publiques, … ; si bien que d’aucuns sont toujours à l’affût du moindre prétexte pour  donner libre cours à leurs pulsions agressives et susciter la violence et le trouble de l’ordre public.

Dans un monde de plus en plus trouble et dans un contexte  régional en  proie aux déchirements intracommunautaires,  la recrudescence du discours de la haine, de la diabolisation et de la stigmatisation et de l’atteinte à la dignité de personnalités publiques vivantes ou décédées, la prolifération d’agressions verbales à l’encontre de groupes et d’individus ; ainsi que la multiplication de sentences d’excommunication  constituent une réelle menace pour la stabilité du pays. Tous ces discours haineux qui prolifèrent au niveau des sites Internet, des réseaux sociaux, de la presse, des rencontres politiques et des débats parlementaires  portent atteinte au corpus universel des droits humains, frappent de plein fouet les valeurs de tolérance et de coexistence sociétale ;  sapant, ainsi, les fondements de la cohésion de notre société et portant les germes de la déstabilisation et de la mise en danger de la paix civile dans notre pays.

Le combat contre ce véritable fléau doit être permanent, sans répit et surtout être l’affaire de la société tout entière et ce, dans le cadre d’une stratégie globale et intégrée de lutte contre l’intolérance, le fanatisme et l’intégrisme de toute sorte ; une lutte sur tous les plans : politique, socio-économique,  médiatique, culturel, pédagogique,… et, bien entendu, sécuritaires et judiciaires ; car, souvent, la problématique est réduite à l’un de ces aspects au détriment des autres, alors qu’ils sont tout autant importants les uns que les autres.

Il s’agit d’une lutte au quotidien qui doit être menée, conjointement et de manière complémentaire, par  toutes  les forces vives du pays : acteurs politiques et associatifs, intellectuels, oulémas,  artistes,  journalistes, éducateurs,   enseignants, ... ; en mettant à contribution tous les espaces  de débat et d’échange (médias, école, université, Parlement, …)  pour   disséquer le fléau et en immuniser la société. Et à ce titre, il devient plus qu’urgent de revoir les programmes d’enseignement dès le primaire et surtout au niveau du cycle secondaire.

La lutte pour la promotion des valeurs de tolérance et de coexistence et contre la culture de la haine et le fanatisme se gagne sur tous les fronts et dans la durée, et non pas par des réponses ponctuelles en réaction à des actions,  à des déclarations ou à des événements circonstanciels.

Et parce qu’il y a urgence à agir, la rencontre organisée par l’Espace de Dialogue Démocratique à Rabat est sortie avec la proposition de lancer une initiative de la société civile pour la promotion des valeurs de tolérance et pour la lutte contre la culture de la haine. La forme que prendrait cette initiative (réseau, observatoire, mouvement,..) restant à construire à travers un large débat auquel toutes les potentialités et forces vives du pays seront invitées.

*In Haffington-Post le 12-02-2015