L’industrie touristique au creux de la vague Imprimer
Écrit par Saoudi El Amalki   

Le secteur du tourisme dans la capitale du Souss


Le conseil régional du tourisme d’Agadir Souss Massa Drâa (CRT) compte lancer, demain samedi, une journée de réflexion sur le secteur dans la première station balnéaire du royaume et sur les moyens à mettre en place afin de «ressusciter l’intérêt aussi bien des opérateurs que les visiteurs». A première vue, la démarche semble tomber à point nommée pour venir en aide à une destination terne et à bout de forces. On se réunira, une fois n’est pas coutume, en vue de faire semblant de s’efforcer de dénicher les panacées idoines pour ce fléchissement fâcheux, à plus d’un titre.

Ce rassemblement des miraculés sauveteurs coïncide, faut-il bien le rappeler, avec la tenue d’un événementiel de haute gamme qu’est le tournoi golfique planétaire à Agadir. Est-ce un pur hasard ou un recours prémédité de donner l’impression de se retrousser les manches pour de bon ? En tous cas, l’actuelle édition de cette compétition sportive d’envergure, retournera au bercail, à Rabat, dès la prochaine manche. Sans trop vouloir se faire du mauvais sang, il est permis d’avancer, nonobstant, que les indices inquiétants sont, de plus en plus, tenaces, à propos d’un produit qui ne parvient point à se relever de son chaos, depuis déjà des lustres.

Certes, nombre de contraintes, écornent la destination d’Agadir, tel que le prétendent les organisateurs de ce rendez-vous entre professionnels et institutionnels du domaine, notamment, entre autres, «l’émergence de nouvelles destinations européennes concurrentes et le recul des investissements touristiques dans l’une des plus belles baies du monde…». Cependant, il n’est pas, non plus,  exclu d’affirmer que bien d’autres handicaps entravent la destination. Celles-ci n’ont nullement besoin de tables rondes ni de rhétoriques stériles, où on a tendance à se «jeter des fleurs» et à «effleurer les vrais écueils». Mais, une réelle politique de l’Etat pour l’arracher de ses ornières qui l’accablent, depuis belle lurette.

Dans ce sens, il est inéluctable de se dire bien en face que les choses ne vont pas, sans fards ni fanfares. Le produit d’Agadir n’est plus, il est vrai, attractif, depuis que les structures hôtelières s’estompent et nécessitent un rasage pur et simple, en particulier, certains édifices du front de mer. La rénovation, s’il y a lieu, ne résout nullement ce déficit de taille, du moment que le délabrement flagrant, sans parler de la faillite en termes de normes internationales requises. On a beau se targuer du relèvement de la capacité litière, le constat contredit toute prétention présomptueuse, voire fallacieuse. La station Taghazout à propos de laquelle on avait fondé d’énormes d’espoirs est transformée quasiment en aubaine immobilière dont bénéficient, comme à l’accoutumée, les bonnets de la spéculation foncière. Egalement, nombreux sont les hôtels qui ferment et moisissent dans l’abandon, alors que le personnel croupit toujours dans l’exclusion, cas de Valtur, Salam, Transatlantique, La Kasbah…. Les agences de voyage s’amenuisent, à grands pas et préfèrent s’installer ailleurs, particulièrement à Marrakech. Les bazarites s’effilochent devant la pénurie asphyxiante. Les restaurants à vocation touristique rangent leurs cartes de menus, dans les tiroirs indolents. L’aérien n’en peut pas, car comme dit la maxime, «la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a». La formule All Inclusive qui suscitait tant de désapprobation, a l’air de réprouver ses plus farouches adeptes…

Tout ce sort désastreux qui ronge, à petits feux, le tissu touristique d’Agadir, ne saurait être affronté par des coups de baume «protocolaires», autour d’une table, mais, à coup sûr, par des mesures «politiques» bien engagées. Pourvu que tout le monde descende de sa tour d’ivoire, voir la réalité, les yeux grands ouverts et s’approprier les vrais remèdes, en impliquant toutes les bonnes volontés, y compris celles qu’on croit être «teigneuses», indésirables même…Le retrait de certaines experts en la matière est sans nul doute, du à ce camouflet irritant qui avait constamment émaillé le secteur par des décideurs «indécis», dépourvus de décisions radicales. La mémoire de feu Belhacen qui avait tiré sa révérence, après des années d’amertume et de dégoût pour des déboires répétitifs, plane toujours dans l’esprit des professionnels. L’heure de la chirurgie totale, à grands coups de bistouri, a sonné…