Le célèbre, Hsaïne Boumiya Imprimer
Écrit par Hamzaoui Abdelmalek   

Chanson amazighe


Bassou Ou Moha et Aicha bent Lhoussaine, parents de l’actuel poète, artiste et célèbre tambourinaire, Mouhaj Hsaine, connu sous le nom de : Hsaïne Boumiya, ont quitté à dos de mule, tous les trois, le lieu dit : «Outrbat», commandement de Imilchil, où naquit l’enfant, Hsaine, en 1945.

Le départ de la famille vers l’inconnu était décidé lorsque l’unique enfant vivant du couple eut trois ans (en 1948). La pauvreté était la principale cause de cet exode volontaire. La famille n’avait pas de plan d’itinéraire ni un lieu bien précis où elle voulait s’installer pour améliorer ses conditions de vie, déplorables à l’origine. Après un long et fatigant voyage qui conduisit les deux parents et leur progéniture dans les lieux dits à l’époque : «Tissraouline» dans le territoire du caïdat d’Amouguere, puis dans la localité de «Anemzy» ;  plus exactement au douar de «Sidi Boumoussa» situé sur les rives de l’oued «Ansguemir», localisé dans le fief de la tribu des Ait Aâyach. La famille s’installa dans ces lieux pendant presque deux années. Ce qui permit au petit, Hsaïne, d’être *scolarisé* dans une école coranique -le *Msid* - pendant quelques mois pour être initié à la lecture et à l’écriture. L’aventure continua vers le village de Tikajouine, dans le douar de «Ait Hnini». Puis, une autre fois, le cap était mis sur la tribu d’Ichkir, pour qu’enfin la famille se sédentarise au douar « Ait Hamza, Ait Lahcen » dans le commandement du caïdat de « Lakbab » où Hsaïne évolua. Il aima tellement la poésie qu’il devint poète. Il était spécialiste des «vers dits uniques», connus en tamazight sous le nom de «afradi». C’est de cette manière qu’il apprit à jouer du «alloune»,Bendir ; ce qui contribua à faire de lui un grand tambourinaire plus tard.

Hsaïne Mouhaj à rejoint, depuis l’âge de dix-sept ans ; c’est-à-dire très jeune, pour la première fois, le domaine artistique. Son destin l’a conduit à évoluer au sein de plusieurs groupes artistiques. Lorsqu’il quitta son nouveau douar «Ait Hamza, Ait Lahcen», il s’arrêta une première fois au village de Tighsaline dans lequel il ne se plaisait pas et finit par se diriger vers la petite ville de Lksiba. Le violoniste Ali Oujeddou connu sous le nom de cheikh Ali Lksiba, l’accueillit à bras ouvert dans sa troupe au sein de laquelle il évolua pendant presque quatre ans. Durant cette période il eut l’occasion de côtoyer plusieurs tambourinaires ainsi que d’autres violonistes et des «outayri», à travers le Moyen-Atlas. Il n’oublia jamais de revenir régulièrement à son port d’attache Lksiba ; le lieu où précisément il fit la connaissance d’un autre violoniste -chef de troupe aussi- nommé Moha Ouâadi avec lequel il collabora un bon moment. En 1975, ces deux artistes décidèrent un jour de rejoindre le village de Boumiya dans lequel ils animèrent des fêtes et des cérémonies pour une durée de deux ans. C’est à cette époque que Mouhaj Hsaïne fut surnommé  Hsaïne Boumiya.

Le long parcours artistique de ce célèbre tambourinaire et le cumule d’expériences qu’il a acquis lui ont permis de devenir chef de plusieurs groupes qu’il a formés. Il fit venir auprès de lui de son village natal, Outerbat, son compatriote, le grand violoniste Moha Oulmouden. Ces deux artistes travaillèrent ensemble à  Itzer, de 1977 à 1983 puis ils se séparèrent d’un commun accord afin que chacun d’eux suive son destin.

Hsaïne, retourna de nouveau à Boumiya, pour former d’autres groupes avec les violonistes Sidi Moh Nsidi Lhachmi Agram appelé communément Sidi Moh Nsidi B’ha. Hmad Nboumiya. Maghdich Said. Moha Oumouzoune. Hassan Oujella.

Depuis 1983, notre anazur à vécu dans la localité de Boumiya où il demeura jusqu’à la fin de1996 ; puis de 1997 à 2011 il habita dans le village de Sidi Yahya Ousâad qu’il quitta aussi pour un lieu dit «Landa». finalement, il atterrît à Tighsaline qui fut sa rampe de lancement dans le domaine artistique. Durant toutes ces années, il continua à travailler auprès de son fils cheikh Moha Ameziane -grand violoniste de son état-  et avec tous les musiciens qui le sollicitaient tels Belkhir, de Lakbab, qui jouait du luth ou bien Ouâachouch, le célèbre violoniste qui évolua à, Tighsaline. Hsaïne contribua à la constitution d’un grand archive de la chanson, encore conservée à la radio amazigh de la SNRT. Ses enregistrements à la radio et dans les maisons de productions sont prodigieux.

Durant les années de plomb, en 1973, notre tambourinaire, comme tant d’autres artistes du Moyen- Atlas, fût incarcéré pour avoir chanté des chants de «circonstances», condamnables à l’époque des faits.

En 2009, un hommage lui a été rendu par l’institut Royal de la culture amazigh qui lui remit le prix de la culture amazigh. D’autres hommages lui ont été également rendus par plusieurs associations culturelles amazighes.

Hsaïne Boumiya a toujours bon pied, bon œil. Il participe, de temps à autre, aux séances de créativité ou aux concerts conviviaux organisés par ses fans qui se souviennent encore du bon vieux temps quand il accompagnait d’autres célèbres musiciens tels les violonistes : Amlal Kaddour, feu Hsikou Mbark, pour ne faire référence, à titre d’exemple, qu’à ces deux artistes.