Le châtiment double!

« Les idées ne sont pas faites pour être pensées, mais vécues ! », disait André Malraux, l’écrivain et intellectuel français. Chez nous, on pense bien faire, mais, en fait, on est loin de vivre les retombées de ces décisions souvent irréfléchies.

« La condition humaine » que l’essayiste hexagonal préconisait dans sa pensée libératrice, prend naissance dans la justesse de l’acte vécu avec autrui. En effet, dans le déroulé quotidien de l’administration marocaine, dès que l’occasion s’y prête, on a toujours l’habitude d’expédier un fonctionnaire présumé en infraction, dans un patelin reculé du territoire national pour le sanctionner. Une conduite fréquente chez les décideurs pour donner l’exemple aux autres  citoyens plus dévoués et fidèles au système préétabli. Si ce comportement semble être drastique pour la personne concernée, il l’est également pour la localité d’accueil des agents «indésirables».

Assurément, il est insoutenable de constater que ces coins « abandonnés » du Royaume ne soient bons, en fin de compte, que pour faire subir la punition aux «contrevenants». La frustration est alors doublement ressentie. Tout d’abord, elle est perçue comme un avilissement pour la victime renvoyée. Ce sentiment de rejet pèsera lourdement dans son rapport avec le lieu de sanction et son nouvel entourage qui ne parvient nullement à tolérer son existence dans ses murs.

D’autre part, les populations de ces zones purgatoires sont, de plus en plus, mal à l’aise à l’idée de savoir que leur localité n’est autre qu’un « camp d’exil » pour les fauteurs. Cette sensation est d’autant plus amère qu’elle donne l’impression que le pays est réellement scindé en régions «utiles» et «inutiles», pour reprendre ce préjugé révolu, aux connotations coloniales. On déplorera alors le maintien de cette attitude ségrégative dont les répercussions tendent à semer une profonde réaction d’indignation chez des citoyens frappés par la privation et l’exclusive.

Le fait de s’entêter à se comporter de la sorte, en termes de mesures disciplinaires adoptées à l’encontre des commis de l’Etat donne bien la preuve que ces espaces sont ignorés et délaissés, excepté pour réprimer les dissidents. C’est ainsi que dans la conscience collective des marocains, des villes «en marge» telles Bouarfa, Foum Zguid, M’hamed Ghizlane, Assa Zag ou Tinghir et bien d’autres, sont toujours considérés comme des endroits de prédilection pour infliger un châtiment draconien à tel ou tel chef de service extérieur, déchu de ses fonctions dans une métropole du centre. En fait, on ne saurait guère procéder par discrimination sélective vis-à-vis des cadres, de manière à concentrer les affectations dans les villes «favorisées» et marginaliser celles se trouvant dans ce qu’on appelle communément le Maroc profond.

Plus question alors de considérer ces contrées, se trouvant dans les confins du pays, comme des lieux de «séquestration» pour tous ceux ou celles ayant, peut-être, gaffé en service. En se conduisant de cette façon, on ne fait, en conséquence, qu’enfoncer davantage le clou du mépris pour ces citoyens qui éprouvent de la vexation devant de telles intimidations. Il y a bien mille manières de rappeler à l’ordre tous ceux qui ont failli à leurs obligations, surtout pas au détriment des concitoyens profondément affectés dans leur amour propre. Ni la Constitution qui stipule la justice territoriale et sociale, ni les droits humains qui promulguent la préservation de la dignité ne permettent de tels dérapages abusifs.

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