Pérou: Vers la destitution du président Martin Vizcarra

Nabil El Bousaadi

A la tête du Pérou depuis qu’il en avait pris les rênes en mars 2018 suite à la démission de Pedro Pablo Kuczynski dont il était le vice-président, Martin Vizcarra est, désormais, sur la sellette pour avoir fait signer, par le Ministère de la Culture et en pleine épidémie du coronavirus, un contrat d’embauche de complaisance au bénéfice d’un artiste de faible notoriété.

Aussi, dès la diffusion jeudi, devant les parlementaires, d’un enregistrement audio dans lequel on entend l’actuel chef de l’Etat demander à certaines personnes appelées à témoigner dans cette affaire, de maquiller la vérité, le parlementaire Roberto Chavarria, du parti de droite «Union pour le Pérou» a dénoncé la culpabilité du président «car les enregistrements démontrent qu’il a menti au pays et conspiré contre la justice» et réclamera sa «destitution».

S’estimant victime d’un «complot contre la démocratie» en ce moment même où le gouvernement et le Parlement s’opposent sur la réforme proposée par le gouvernement et portant sur l’interdiction aux personnes ayant déjà été condamnées de se présenter aux élections, le président Martin Vizcarra a demandé jeudi soir, lors d’une allocution télévisée, aux parlementaires «d’analyser la situation avec prudence et responsabilité avant de prendre la décision qu’ils jugeront appropriée» et s’est montré très incisif en affirmant : «Je ne vais pas démissionner, je ne vais pas m’enfuir».

Mais bien que contrairement à ses quatre prédécesseurs, l’actuel président était parvenu à gagner le soutien des péruviens pour son intransigeance à l’égard du Parlement et la croisade anti-corruption qu’il avait entamé, ce vendredi, plusieurs partis ont appuyé une motion visant sa destitution.

Si donc pour être adoptée et permettre le déclenchement de la procédure y afférente, cette motion nécessite l’approbation de 52 députés, celle-ci a été approuvée, ce vendredi, par 65 parlementaires alors que 36 ont voté contre et que 24 se sont abstenus ; ce qui a fait dire à Manuel Merino, le président du Parlement, après le vote et plusieurs heures de débat que «la motion de vacance du poste de président de la République a été approuvée».

Or, pour aboutir à la destitution du chef de l’Etat, la procédure en question, qui devra être votée dans un délai de quatre jours, requiert, néanmoins, l’approbation de 87 députés lors du vote formel y afférent qui se tiendra à une date qui n’a pas encore été fixée.

Dans les rangs de la gauche, Mirtha Vasquez du «Frente Amplio» a justifié le vote de son parti contre ladite motion par le fait que l’enquête suit encore son cours et qu’à ce titre, il est «irresponsable» de considérer comme preuve un enregistrement dont la véracité n’est pas encore établie.

Mais il convient de signaler, toutefois, que bien que ne disposant pas d’une majorité au sein de l’Assemblée, le président Martin Vizcarra aura, tout de même, l’occasion de se défendre devant le Parlement, avant le vote. S’il est destitué, c’est au président du Parlement que reviendra la charge d’assurer l’intérim du chef de l’Etat jusqu’au 28 Juillet 2021, date de la fin de l’actuel mandat présidentiel.

Martin Vizcarra serait-il sur le point de quitter le fauteuil présidentiel qu’il occupe depuis mars 2018 à cause d’une fatale «erreur d’appréciation» alors même qu’il jouit encore de ce très fort soutien populaire qui s’est concrétisé vendredi soir par le «concert de casseroles pour le Pérou» qui s’était fait entendre durant de longues minutes dans plusieurs quartiers de Lima après un appel lancé sur les réseaux sociaux ? Attendons pour voir…

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